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Dispenses de mariages acadiens
à Cherbourg

par Michèle Godret

 
Sources : Michèle GODRET, née CLOUET-UCGHN n° 27-2037    EGBMN-n° 157    RACINES ET RAMEAUX FRANCAIS D’ACADIE-n° 92
 

MARIAGES ACADIENS A CHERBOURG.

 

Quand les Anglais, pendant la Guerre de Sept ans, ont déporté les Acadiens, certains d’entre eux ont été débarqués à Cherbourg. C’est ainsi que dans les Dispenses de Consanguinité de l’Evêché de Coutances, on peut relever plusieurs mariages acadiens. Cette origine acadienne est toujours mentionnée. Ces dispenses sont très complètes et donnent beaucoup de détails sur l’odyssée de ces Acadiens au cours de leur déportation et les raisons pour lesquelles ils ont dû abandonner leur pays.

 

Monseigneur Jacques LEFEBVRE DUQUESNOY est Evêque du diocèse de Coutances.

 

 

Jean-Baptiste GALHERME

et

Cécile AUCOIN

1759

La première demande, en date du 18 Septembre 1759, est un peu spéciale, car il semble qu’il n’y a aucun degré de parenté entre les « suppliants »,  mais seulement l’impossibilité d’obtenir le consentement des parents du garçon. Elle concerne Jean Baptiste GALHERME, âgé de 25 ans, fils de Jean Baptiste et de Josèphe HÉBERT « originaire de l’Acadie, domicilié dans notre ville depuis la fête de St André de l’année dernière » et Cécile AUCOIN, fille de Sylvain, « âgée de vingt un ans, domiciliée dans notre dite paroisse depuis la St André ».

Le premier témoin est Cécile HÉBERT, cinquante quatre ans, veuve de Nicolas LA CROIX, tante maternelle de Jean Baptiste. Elle raconte qu’ils sont « passés du Canada en France sur les vaisseaux de transport anglois » et que « le père du dit GALHERME fut fait prisonnier par les troupes angloises et conduit à Philadelphie, nouvelle angleterre, sans qu’on ait entendu de ses nouvelles depuis deux ans, ny que l’on puisse sçavoir s’il est actuellement vivant ou mort ». Sa femme Josèphe HÉBERT a disparu avec lui. C’est pourquoi Jean Baptiste « quoique mineur de trente ans » ne peut obtenir le consentement de ses parents. Elle témoigne enfin qu’elle ne « connaît aucune parenté en degré prohibé entre les parties ».

Le second témoin est Eustache HENRY, fils d’Anthoine, 27 ans, cousin au 2éme degré de Jean Baptiste GALHERME. Il sont arrivés d’Acadie le même jour sur le même bateau. Il témoigne dans le même sens.

Le troisième témoin est Sylvain AUCOIN, 44 ans,  père de Cécile, veuf de Catherine AMIROL (AMIROT). Il consent au mariage de sa fille et affirme qu’elle n’a jamais été mariée.

Le quatrième et dernier témoin est Pierre AUCOIN, 28 ans, fils d’Alexis, oncle paternel de Cécile, donc frère de Sylvain. Son témoignage confirme les autres.

Aucun d’entre eux ne sait écrire, ni signer.

 

 
 
  Obtention d'une dispense de domicile

1761

9 janvier

La mil sept cent soixante un le vendredy au matin neufe jour du mois de janvier; en notre maison presbyteriale, nous Jean Paris curé de Cherbourg et doyen du doyenné de la Hague En conséquence de la Commission verbale à nous donnée par Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Jacques Lefevre de Quesnoy évêque de Coutance, avons procédé à l'examen de l'Etat, condition, libelle et domicile de Charles Haché et de Marie Hébert, tous deux originaires du Canada, et demeurant audit Cherbourg, lesquels désirent contracter mariage ensemble, sans le bon plaisir de mondit Seigneur de Coutance, lequel examen fait de la manière qui suit.

 

A comparu Charles Haché suppliant, lequel nous a certifié  qu'il est fils de défunt Joseph, mort à l'Acadie il y a quinze ans, et de Marie Godet, remariée en secondes noces et réfugiée avec son second mari dans les bois du Canada, qu'il est originaire de l'Isle St Jean, âgé de trente cinq ans et veuf de Anne Devaux, noyée dans le naufrage d'un vaisseau de Transport anglois brisé sur les côtes de Portugal en passant en France, qu'il est arrivé à Cherbourg le quatorze janvier de l'année mil sept cent cinquante huit, mais qu'il en est parti un mois après, et qu'il n'y a fixé son domicile que depuis le vingt six mai de l'année dernière; en conséquence de quoy ledit Haché a besoin de dispense de domicile pour se marier avec ladite Marie Hébert fille sans avoir été mariée âgée de vingt cinq ans et non parente avec led suppliant, lecture à luy faite de sa déposition a déclaré qu'elle contient vérité  y persiste et a déclaré ne savoir signer

 

A comparu Marie Hébert âgée de vingt cinq ans, laquelle a certifié être fille de feu Charles décédé à l'Isle St Jean au Canada il y a cinq ans, et de Claire d'Aigle morte de maladie sur les terres de Portugal le seize novembre mil sept cent cinquante huit, après le naufrage du vaisseau de transport anglois destiné à les passer en france, et qu'elle est domiciliée dans notre ville depuis environ deux ans, et qu'il n'y a enfin entre elle et le suppliant aucune parenté,  et qu'elle est fille sans avoir été mariée. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit qu'elle contient vérité, y persiste et a déclaré ne savoir signer.

 

S 'est présenté ensuite Jean Renaud fils de Jean et de Marie Madeleine Coquet, âgé de vingt deux ans, originaire de l'Isle St Jean en Canada, lequel nous a déclaré que  Charles Haché suppliant est veuf d'Anne Devaux, qu'il était dans le vaisseau de transport anglois lorsqu'il fit naufrage sur les côtes de Portugal le seize novembre mil sept cent cinquante huit, qu'il se sauva heureusement à terre, mais que ladite dame Devaux fut noyée et ensevelie dans les flots de la mer avec beaucoup d'autres lorsque le vaisseau se brisa; que ledit Charles Haché n'a de domicile à Cherbourg que depuis le vingt six may de l'année dernière, que ladite Marie Hébert  y a son domicile depuis deux ans, et qu'elle n'a aucun degré de parenté avec ledit suppliant; qu'elle est enfin fille, et n'a jamais été mariée. Lecture à luy faite de sa déposition, a dit qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.

 

A comparu Jean Rassicot, fils de René et de Marie Haché cousin germain du suppliant; âgé de vingt neuf ans, originaire de l'Isle St Jean en Canada, lequel nous a ceritfié que Charles Haché est veuf d'Anne Devaux, qu'il était dans le vaisseau de transport anglois destiné à passer des Canadiens en france lorsque ce vaisseau fit naufrage sur les Côtes de Portugal le treize novembre mil sept cent cinquante huit, que lui déposant se sauva heureusement à terre, mais que ladite Anne Devaux épouse du suppliant fut noyée et engloutie dans la mer  avec quantité d'autres; que le suppliant n'a de domicile à Cherbourg que depuis le vingt six may de l'année dernière, qu'il n'a aucun degré de parenté avec la suppliante, domiciliée à Cherbourg et qui n'a point été mariée. Lecture à luy faite de sa déposition, a dit qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.

 

A comparu Jean Baptiste Chesnée fils de feu Jean et d'Anne Potier, âgé de vingt six ans, originaire de l'Isle St Jean en Canada, lequel nous a certifié que ledit Charles Haché suppliant, est veuf d'Anne Devaux; qu'il était dans le vaisseau de transport anglois qui fit naufrage sur les côtes de Portugal le seize novembre mil sept cent cinquante huit, que lui déposant se sauva heureusement à terre; mais que ladite Anne Devaux épouse du suppliant fut noyée et engloutie dans la mer avec quantité d'autres. Que ledit Charles Haché n'a de domicile à Cherbourg que depuis le vingt six may de l'année dernière et qu'il a besoin de dispense de domicile pour se marier avec ladite Marie Hébert qui n'est point sa parenté et qui n'a jamais été mariée, par conséquent libre. Lecture à luy faite de sa déposition a dit qu'elle contient vérité, y persiste et a déclaré ne savoir signer.    

Desquelles dépositions, nous Commissaire soussigné avons dressé le présent procès verbal pour servir à ce que de raison, approuvé.

Charles HACHÉ et Marie HÉBERT se marièrent le 27/1/1761, après obtention d'une dispense de domicile datée du 15/1, signé Jacques, Evêque de Coutance, scellée du sceau de ses armes, contresignée LE TERRIER, en présence de Jean Baptiste RASSICOT, cousin dud époux, Jean RENAUD, aussi son cousin, Jean et Pierre DAIGLE, parents de l'épouse (RP de Cherbourg, 5 Mi 1453, 1761-1765)

Bien qu'il ne s'agisse pas d'une dispense de consanguinité ou d'affinité, cet acte présente un très grand intérêt, car il résume très bien ce qu'a été « le Grand Dérangement », c'est à dire une tragédie pour une population entière.

 

 
 

Joseph LAPIERRE

et

Rosalie HÉBERT

1761

Le 14  Janvier 1761, « supplient très humblement Joseph LAPIERRE fils de feu Charles et de Marie PITRE, veuf de Marguerite Josèphe BOURK et Rosalie HÉBERT, fille de feu Charles et de défunte Claire MIEUSSE, tous originaires de l’Acadie et domiciliés à Cherbourg, sçavoir le suppliant depuis deux ans complets et la suppliante depuis le quatorze janvier mil sept cent soixante ». Ils se fréquentent « en vue de mariage » depuis deux mois et demy mais savent seulement depuis quinze jours qu’ils ont entre eux un empêchement canonique du trois au quatrième degré d’affinité. Ils énumèrent les raisons qui leur font solliciter une dispense. En effet le suppliant « ayant dessein de retourner au  Isles après la paix faite, il craindroit qu’une épouse du pays ne voulût pas l’y suivre ». Ensuite « il perdroit la paye du Roy qui seroit refusée à sa nouvelle épouse prise du lieu ». Et enfin « parmy les autres Canadiennes, il n’en trouve point qui ne luy soient parentes, exceptées des jeunes filles de quinze, seize et dix huit ans. Qu’enfin il est lié d’amitié avec la suppliante âgée de vingt trois ans complets du jour St Michel dernier, laquelle il estime particulièrement par son caractère d’esprit et la régularité de sa conduite. D’ailleurs la ditte suppliante est chargée de jeunes orphelins et parente de presque tous les autres Acadiens »

L’enquête a lieu le 22 janvier.

Premier témoignage : Joseph LAPIERRE, 35 ans, suppliant. Il est arrivé d’Acadie à Cherbourg sur un vaisseau anglois la veille du jour de la St André mil sept cent cinquante huit. Il est poissonnier pêcheur de profession.

Il dit que son père, Charles LAPIERRE est décédé « avant même qu’il fut né. Sa mère Marie PITRE « s’est réfugiée il y a deux ans du jour  St Louis dans les bois de l’Acadie pour éviter la fureur des Anglois, qu’il est veuf de Marguerite Josèphe BOURK qu’il avait épousée et qui est morte en pleine mer dans le vaisseau qui les transportait en France ». La suppliante, Rosalie HéBERT 23 ans, a perdu son père, sa mère et ses deux frères aînés depuis qu’elle est à Cherbourg. Il lui reste un jeune frère de 20 ans et trois sœurs dont l’aînée n’a que 17 ans. Sylvain AUCOIN, 25 ans, son parent du deux au troisième degré consent à son mariage.

Il s’agit d’une dispense d’Affinité, la suppliante étant parente du troisième au quatrième degré avec la première épouse de Joseph LAPIERRE.

Les arguments de Joseph LAPIERRE pour justifier sa demande sont les mêmes que dans l’acte précédent : la trop grande jeunesse des autres Acadiennes, leur peu de maturité, son désir de retourner «  aux Isles du Canada après la  paix faite », lui interdisant de courtiser un fille du pays qui pourrait refuser de partir avec lui, « comme l’expérience l’a prouvé dans la dernière guerre et le prouve encore aujourd’huy à Cherbourg », le fait qu’il perdrait ce faisant « la paye journalière du Roy qui n’est accordée qu’aux femmes et filles canadiennes ». En outre, la suppliante chargée de l’éducation et de l’entretien d’une sœur de douze ans (on peut supposer que ses deux autre sœurs sont en âge de gagner leur vie) a à charge un neveu «âgé d’un an à la Toussaint dernière sans père ny mère » et n’a jusqu’ici été recherchée par aucun autre parti. Il considère donc qu’il doit prendre en charge toute la famille. Il ne signe pas mais marque.

Deuxième témoignage : Rosalie HÉBERT. Le vaisseau anglais qui la transportait est entré dans la rade de Cherbourg le 10 Janvier 1760, elle a débarqué le 14. Elle a vécu « pour subsister du travail de ses mains ». Elle est originaire de la pointe de  Quatre Sables en Acadie. Ses parents et son frère aîné sont décédés en mars 1760, son deuxième frère en Août. Elle n’a jamais été mariée. Elle ne signe pas mais marque.

                Un HÉBERT, souche commune, natif de France, dont on ignore le nom de baptême, d’où :

 Etienne HÉBERT, d’où :                                                                                   Anthoine HÉBERT, d’où :

 Marie HÉBERT                                                                                                  Charles HÉBERT

x Martin HENRY, d’où :                                                                                    x Claire MIEUSSE, d’où :

 Anne HENRY                                                                                                     Rosalie HÉBERT, suppliante.

x Claude BOURK, d’où :

 Marguerite Josèphe BOURK,

première épouse du suppliant.

Premier témoin parent : Charles HENRY, 28 ans, originaire de l’Isle St Jean (actuellement l’Ile du Prince Edouard), transféré à Cherbourg le jour St André mil sept cent cinquante huit, pêcheur de profession. Il est cousin germain du suppliant étant « sorti d’une sœur de sa mère » et parent du deuxième au troisième degré de Marguerite Josèphe BOURK. .Il dépose que le suppliant a été transféré de l’Isle St Jean le même jour que luy. L’éloignement des demeures des suppliants en Acadie explique qu’ils ignoraient leur parenté. Les deux seules filles qui ne sont pas apparentées au suppliant sont , l’une promise, l’autre « sur le point d’être mariée ». Il ne signe pas mais marque.

Second parent parent : Sylvain AUCOIN, 25 ans, poissonnier pêcheur. Il est lui aussi arrivé de l’Isle St Jean. Il est parent du deuxième au troisième degré des deux parties. Il consent au mariage et est d’avis qu’elle épouse le suppliant. Il ne signe pas mais marque.

Premier témoin non parent : Jean Baptiste GALHERME, 23 ans, venant de l’Isle St Jean, poissonnier pêcheur.

Second témoin non parent : Eustache PARRE, 37 ans, originaire de l’Acadie, prisonnier à Chibouctoug dans la nouvelle angleterre puis transféré à Cherbourg, poissonnier pêcheur. Le suppliant a débarqué avant le déposant, mais celui-ci est arrivé avec la suppliante qui était emprisonnée à Chibouctoug avec lui. Lui aussi marque.

 Ces deux témoignages sont entièrement concordants avec tous les autres.

 
 

Eustache PARRE

et

Anne MÉLANSON

1761

De nouveau, le 14 Janvier 1761, « Eustache PARRE, fils de feu Pierre et défunte Jeanne DUGAST et Anne MÉLANSON, fille de feu et de défunte Madeleine FITOT originaires de l’Acadie et domiciliés à Cherbourg depuis le quatorze janvier de l ‘année dernière se sont fréquentés et recherchés pour le mariage » bien qu’ils soient parents du trois au troisième degré. Les raisons évoquées sont toujours les mêmes : la perte de la pension si le suppliant épouse une fille non acadienne, son refus probable de le suivre « en Acadie ou aux autres Isles » dès qu’il en aura la possibilité. Dans le cas d’Eustache PARRE, qui a trente sept ans « complets » et d’Anne Mélanson, qui en a quarante cinq, il évoque la difficulté d’épouser une fille jeune « qui n’acceptera pas le party à cause de son âge disproportionné » et la fille « est exposée à manquer d’établissement » à cause de son âge.

Enquête du 20 Janvier.

Eustache PARRE, poissonnier pêcheur, dit que son père est mort à l’Acadie il y a environ 34 ans, sa mère est aussi morte à l’Acadie il y a 35 ans. Il est veuf d’Anastasie BELLEFONTAINE « décédée elle aussy à l’Acadie sur les bords de la rivière St Jean où elle fut tuée par les Anglois le deux de mars de l’année mil sept cent cinquante neuf. Il est parti de Chibouctoug dans la Nouvelle Angleterre dans le mois de Novembre mil sept cent cinquante neuf pour passer en France. Il est chargé de deux enfants, il doit donc se remarier.

Il est sûr qu’« aucune fille jeune qui ne luy soie pas parente  ne voudroit l’épouser eut égard à son âge, aussy bien qu’à la charge de ses enfants; et que d’ailleurs il appréhenderait qu’une jeune fille avec peu de tête et peu d’inclinaison à élever ses enfants ne troublât la paix de sa maison et qu’il aimeroit mieux ne point se marier que de s’exposer à ce danger, lequel il ne craint point du côté de la ditte MÉLANSON qu’il connoit sage douce et prudente et d’un âge mûre ». Il marque.

Anne Mélanson comparait. Elle dit que son père et sa mère son décédés à Cherbourg en Janvier et Février mil sept cent soixante. Elle a appris après avoir commencé à fréquenter Eustache qu’il étaient parents. Elle n’a jamais été mariée. Elle est déterminée à retourner au Canada après la paix et est très sûre que le suppliant est d’un caractère à vivre en paix avec elle. Elle marque.

                                               Abraham DUGAST, souche commune, d’où :

 Claude DUGAST, d’où :                                                                   Marie DUGAST

                                                                                                              x Jacques MÉLANSON, d,où :

 Jeanne DUGAST                                                                               Jean MÉLANSON, d’où :

x Pierre PARRE, d’où :

 Eustache PARRE, suppliant.                                                           Anne MÉLANSON, suppliante.

Premier témoin parent : Joseph BELLEFONTAINE, originaire de l’Acadie où il faisait les fonctions de Major de Milice, 64 ans. Il a été lui aussi transporté de Chibouctoug à Cherbourg sue le même transport. Il est maintenant sans profession. Il est le beau-père du suppliant, étant le père de sa première femme, Anastasie. Il pense que ce mariage convient très bien aux deux parties. En effet, «il est dans le dessein (du suppliant) de retourner s’établir à l’Acadie après la paix faitte, comme luy sieur déposant et les autres acadiens se le proposent, une épouse prise dans ce pays ne serait peut-être pas du goût, comme l’expérience le prouve, de suivre son mary, ny en état de supporter la difficulté du trajet de la mer, ou même de s’accoutumer à l’air d’un pays étranger ». Il semble que les deux enfants soient des garçons, car il parle de ses petits fils. Il signe assez maladroitement.

Second témoin parent : Jean MéLANSON, 33 ans, poissonnier pêcheur. Il a fait partie du même transport que les autres. Il est le frère d’Anne. Il emploie les mêmes arguments, y compris celui sur la perte de la pension de Roy « dont les acadiens en général son gratifiés, comme l’expérience le prouve, même à Cherbourg ». La suppliante, sa sœur, à  laquelle il est lié d’une amitié étroite, et il la croit « d’un caractère d’esprit et de cœur à élever les enfants du premier lit avec affection » . Il marque.

Premier témoin non parent : Joseph LAPIERRE, 35 ans, poissonnier pêcheur. Il n’est pas au courant de la mort d’Anasthasie BELLEFONTAINE car il était déjà passé en France et arrivé à Cherbourg, mais qu’on le lui a dit de plusieurs côtés, en particulier de la bouche de feu Simon LE ROY, « qui avait vu le massacre, étant lui-même blessé et s’étant échappé ». Dans le cas de mariages avec des filles du pays, elles refusent d’ordinaire de suivre leurs maris aux Isles et « qu’on a même été obligé d’en forcer plusieurs de sa connaissance, par le secours du militaire, pour les faire embarquer ». Il marque.

Second témoin non parent : Joseph DU BOIS, 35 ans, transféré en France du fort de Beauséjour par Allifax dans un vaisseau anglais arrivé à la même date, poissonnier pêcheur. Il témoigne qu’Eustache PARRE est arrivé en France sur le même transport en provenance d’Allifax, ainsi qu’Anne MÉLANSON aussy transférée de Quatre Sables, dont elle est originaire, par Allifax, en France. Il marque.

 
 

Léonard CIREAUD

et

Anne LA CROIX

 

1761
Le 14 Janvier encore, « supplient très humblement Léonard CIREAUD aagé de trente et un an fils de deffunt François et de Marthe CAURION de la paroisse de St Jacques d’Angoulême, habitant de Louisbourg pendant neuf années, d’où il est passé en France dans un vaisseau de transport anglois, et arrivé à Cherbourg le jour St André mil sept cent cinquante huit et veuf de Madeleine BOUDROT décédée à Cherbourg le mois de décembre de l’année dernière; et Anne LA CROIX aagée de vingt cinq ans fille de Nicolas et de Cécille HÉBERT et veufve de  Claude AUCOIN originaire de l ‘Acadie ». Ils savaient qu’ils étaient parents du trois au troisième degré d’affinité en se fréquentant en vue de mariage.

Les arguments justifiant la demande sont toujours les mêmes. Il a « une jeune fille du mariage avec la ditte BOUDROT ». Il est chirurgien du Roy, il lui reste « des biens en fond » à Louisbourg et il a dessein d’y retourner.

Enquête du 21 janvier.

Dans son témoignage, Léonard dit qu’il est parti d’Angoulême pour s’installer à Louisbourg en 1748. Il a épousé Madeleine BOUDROT « au dit Cherbourg » au commencement de juin mil sept cent cinquante neuf. Elle était originaire de l’Isle St Jean et est décédée à Cherbourg le 24 Novembre dernier lui laissant un enfant qu’il a été obligé de mettre en nourrice. En temps que chirurgien, il a soigné dans sa maladie le père d’Anne LA CROIX, mort « dans le courant du mois d’octobre mil sept cent cinquante huit ». Claude AUCOIN, mari d’Anne LA CROIX, Acadien lui aussi, est décédé à Cherbourg le 10 Août mil sept cent cinquante neuf. Léonard signe bien.

Anne LA CROIX dit que son père est mort en mer et « que son corps a été jetté en pleine mer dans la traversée » en Octobre 1758. Elle avait épousé son premier mari en Acadie. Elle est toute disposée à élever le jeune enfant du suppliant, avec lequel elle est « liée d’amitié étroite », puisque cet enfant est parent de Cécille HÉBERT, sa mère. Elle marque.                         

DOÜAIRON, dont on ignore le nom de baptême, d’où :

Loüis DOUÄIRON, d’où :                                                Jeanne   DOÜAIRON

                                                                                                              x Jean HÉBERT, d’où :

Marie DOÜAIRON                                                                            Cecille HÉBERT

x Pierre BOUDROT, d’où :                                                                x Nicolas LA CROIX, d’où :

Magdelaine BOUDROT                                                                    Anne LA CROIX, suppliante.

x Léonard CIREAUD, suppliant.

Premier témoin parent : Basile BOUDROT, 20 ans, navigateur de profession «étant à l’Acadie et à Cherbourg sans occasion de la continüer » ( ?). « Il est cousin au troisième degré en ligne collatéralle de Magdeleine BOUDROT et par la allié au même degré de Léonard CIREAUD » Ceux-ci étaient arrivés à Cherbourg par un premier transport en 1758, lui-même les a connus à son arrivée lors d’un nouveau transport en 1760. Il marque.

Second témoin parent : François FRÉTEL, 48 ans, «originaire de Chanservont, diocèse d’Avranches, et ayant demeuré à Louisbourg depuis l’année mil sept cent trente deux, jusqu’en celle de mil sept cent cinquante huit, arrivé à Cherbourg le premier jour de l’année mil sept cent cinquante neuf », ancien navigateur de profession. Il est parent de la suppliante au troisième degré. Il a connu Léonard CIREAUD à Louisbourg, lequel est arrivé à Cherbourg un mois avant lui sur un différent vaisseau. Il signe.

(Ce François FRETEL, ° ca 1713, s’était marié le 28/8/1740 à Marie Josèphe TESTARD, fille de François et de Marie DOIRON-cf Histoire des Acadiens par Bona ARSENAULT)

Premier témoin non parent : Jacques LANGLOIS, 37 ans, originaire de Louisbourg, charpentier. Il est arrivé à Cherbourg en même temps que le suppliant. Il a «  vu jetter à la mer le cadavre de Nicolas LA CROIX, père de la suppliante ». Il marque.

Second témoin non parent : Jean Baptiste RASSICOT, originaire de l’Isle St Jean en Canada, 28 ans, poissonnier pêcheur. Il se souvient soudain qu’il est parent de la ditte défunte Magdeleine BOUDROT. Ayant juré qu’il n’était pas parent, il est récusé et un autre témoin est aussitôt assigné.

Second témoin non parent : Charles HENRY, 28 ans, originaire de l’Acadie, arrivé à Cherbourg par le transport de 1758, confirme les dires des autres témoins. Il marque.

Le procès-verbal dressé et fini, un autre empêchement du trois au troisième degré d’affinité est découvert . Apparemment, Léonard CIREAUD avait été marié une première fois, à Josèphe PINETTE, laquelle était parente du trois au troisième degré de consanguinité d’Anne LA CROIX. Les suppliants ignoraient totalement cette parenté. Une nouvelle enquête est donc nécessaire.

Léonard CIREAUD, marié à Louisbourg à Josèphe PINETTE, n’avait jamais entendu parler de cette parenté (cette Josèphe PINETTE est peut-être la mère de l’enfant en nourrice, le deuxième mariage de Léonard ayant duré moins de six mois. L’acte ne le dit pas). Cette parenté est toujours établie par l’ancêtre DOÜAIRON, originaire de France et passé à l ‘Acadie.

Anne LA CROIX ne savait pas que Josèphe PINETTE était sa parente parce que «les familles étaient séparées depuis de longues années les unes des autres par une distance de domicile de plus de soixante lieux ».

                               DOÜAIRON, venant de France et dont on ignore le prénom, d’où :

Marie DOÜAIRON                                                                                            Jeanne DOÜAIRON

x François FÊTARD, d’où :                                                                              x Jean HÉBERT, d’où :

Marie FÊTARD                                                                                                  Cécille HÉBERT

x Charles PINETTE, d’où :                                                                x Nicollas LA CROIX, d’où :

Josèphe PINETTE                                                                                             Anne LA CROIX, suppliante.

x Léonard CIREAUD, suppliant.

Jean Baptiste RASSICOT, 29 ans, originaire de l’Isle St Jean, pêcheur, comparait. Il est parent au troisième degré de la dernière épouse du suppliant, Madeleine BOUDROT. Il confirme la parenté entre la suppliante et la première épouse du suppliante. Il signe, mal.

Jean Baptiste GALHERME, 26 ans, originaire de l’Acadie, passé en France il y a plus de deux ans dans le premier transport, pêcheur. Il est cousin au second degré d’Anne LA CROIX et aussi son allié au second degré d’affinité. Il signe.

 
 

Guillaume LABORDE

et

Marie Roze DAIGLE

1761
Le 25 Juin 1761, « supplient très humblement Guillaume LABORDE, fils mineur de feu Jean et de deffunte Marie LE PRIEUR et Marie Rose DAIGLE, fille de feu Abraham DAIGLE et de deffunte Anne Marie BOUDROT, 24 ans, tous deux originaires du Canada ». Ils sont parents du trois au quatrième degré de consanguinité, mais ils se connaissent depuis longtemps « ayant été habitans voisins d’un même pays pendant neuf ans ».

Enquête du 27 Juin.

Guillaume LABORDE comparait. Il a vingt ans, il est poissonnier pêcheur. Son père est décédé il y aura quatre ans  le quinze d’Août prochain  à l’Isle St Jean, sa mère a péri dans le naufrage du vaisseau de transport anglois « le Rubis », brisé en décembre (le 16) mil sept cent cinquante huit sur les côtes du Portugal. Lui même est arrivé à Cherbourg le 15 Février mil sept cent cinquante neuf. Il n’a d’autre parent proche en France que son oncle Joseph LE PRIEUR, qui consent à son  mariage avec Marie Rose DAIGLE, arrivée sur le même bateau que lui, et qui est elle aussi orpheline, son père étant mort à l’Isle St Jean, où la famille habitait depuis neuf ans, il y a environ six ans et sa mère dans le naufrage du même bateau sur le côtes du Portugal. Marie Roze est veuve d’Ambroize LE BLANC, inhumé à Cherbourg le 14 Novembre mil sept cent cinquante neuf. Le caractère de la suppliante lui fait penser qu’ils auront « un mariage en paix et en union ». Il marque.

Marie Roze DAIGLE demeure à Cherbourg « depuis temps de droit ». Elle est fileuse et faiseuse de bas. Elle marque.

                                DAIGLE, venant de France, dont on ignore le nom de baptême, d’où :

 Anne DAIGLE                                                                                                   Bernard DAIGLE

x Etienne POITTEVIN, d’où :                                                                           (x Marie Claire BOURG), d’où :

 Magdeleine POITTEVIN                                                                                  Abraham DAIGLE

x Guillaume LE PRIEUR, d’où :                                                                        x Anne Marie BOUDROT, d’où :

Marie LE PRIEUR                                                                                              Marie Roze DAIGLE, suppliante

x Jean LABORDE, d’où :

Guillaume LABORDE, suppliant.

L’ancêtre de France était Olivier  DAIGRE (DAIGLE), laboureur, venu probablement du Poitou comme pratiquement tous les colons de l’Acadie à cette époque, ° 1643, + 1686, x 1666 à Marie GAUDET, ° 1651, fille de Denis et de Martine GAUTHIER. Le couple et ses trois enfants, dont Bernard, âgé d’un an, est répertorié dans le premier recensement acadien de 1671 comme possédant « 2 arpens de terre, 6 bestes à cornes et 6 brebis »              (perso.wanadoo.fr/froux/daigle). A ce moment-là, l’Acadie compte 500 habitants, contre 73 000 en Nouvelle Angleterre.

Premier témoin parent : Joseph LE PRIEUR, 52 ans, originaire de l ‘Isle St Jean, pêcheur poissonnier. Il est oncle maternel du suppliant. Il confirme qu’il donne son consentement au mariage de son neveu, les deux suppliants ayant une forte inclinaison l’un pour l’autre. Il marque.

Second témoin parent : Jean DAIGLE, 28 ans, pêcheur, dit qu’il est le frère de la suppliante. Il consent au mariage « en qualité de frère aîné ». «D’ailleurs, il ne connaît parmi ceux qui sont passés avec luy et la ditte suppliante, de l’Isle St Jean à Cherbourg, qu’un seul garçon, tout défiguré au visage, et qui ne porte que répugnance à tous les parents » ( ?). Il marque.

Premier témoin non parent : Charles HACHE, 35 ans, pêcheur, est récusé car il s’est souvenu qu’il est parent de la suppliante au second degré, ayant épousé sa cousine « germainne ». Il marque.

Le 29 Juin, autre témoin non parent : Jean RASSICOT, 29 ans, pêcheur. Il confirme tout les autres témoignages et ajoute que la suppliante « n’a été recherchée en mariage que par un seul des habitants de l’Isle St Jean qui ne convenait ny à elle ny à ses parents, pour causes légitimes ». (Il est difficile d’inclure Ambroize LE BLANC, à qui elle a pourtant été mariée, dans ce scénario ! Tout le monde est très discret à son sujet). Jean RASSICOT signe.

Second témoin non parent : Charles PINEL, 33 ans, pêcheur. Témoignage semblable aux autres, qui n’apporte aucun renseignement supplémentaire. Il marque.   

 
 

Jean GRANGER

et

Anne LANDRY

1763.

Le 25 Mars 1763, Jean GRANGER et Anne LANDRY, tous deux originaires de l’Acadie se recherchent depuis plus de quatre ans en vue de mariage sans savoir qu’ils sont parents du trois au quatrième degré de consanguinité. Ils sollicitent une dispense. L’enquête a lieu le 11 Avril.

Jean GRANGER est fils de feu Pierre et d’Anne BELIVO, originaire de l’Acadie, 25 ans, poissonnier pêcheur, demeurant depuis plus de trois ans à Cherbourg. Il ignorait sa parenté avec Anne LANDRY, « étant dans l’Acadie éloignés d’environ quarante lieües », sinon, il ne l’aurait jamais recherchée. Il pense qu’il est «sur le point de repasser dans les Isles »  et, outre l’affection qu’il a pour Anne, il pense qu’une cherbourgeoise refusera de partir avec lui. Il marque.

Anne LANDRY, est fille de feu René et de Denyse Marie Josèphe DENTREMONT, domiciliée à Cherbourg depuis plus de trois ans, occupée au ménage chez sa mère. Elle  fréquentait déjà le suppliant avant leur débarquement en France et elle lui a donné sa parole sans savoir qu’ils étaient parents. Elle n’a jamais été mariée et si on lui refuse ce mariage elle n’a aucune chance de trouver un établissement aussi convenable. Elle marque.

                               René LANDRY, père commun, d’où :

Marie LANDRY                                                                                 Pierre LANDRY, d’où :

x Laurent GRANGER, d’où :                                                            

Claude GRANGER, d’où :                                                 René LANDRY, d’où :

                                                                                                            x Denyse Marie Josèphe DENTREMONT,  
Pierre GRANGER, d’où :                                                                   Anne LANDRY, suppliante.

x Anne BELIVO, d’où :

Jean GRANGER, suppliant.

Premier témoin parent : Jean GRANGER, 22 ans, pêcheur, est parent du suppliant au troisième degré de consanguinité. Il témoigne que les suppliants ont fait connaissance lorsque « la poursuitte des Anglais obligea le suppliant de se retirer dans le lieu où était la ditte suppliante, alors qu’ils étaient auparavant éloignés de trente ou quarante lieües » et que depuis lors il la recherche. Il marque.

Second témoin parent : Joseph LANDRY, pêcheur, 40 ans, dit qu’il est frère de la suppliante. Il témoigne toujours dans le même sens. Il dit que si ce mariage ne peut avoir lieu, la suppliante « sera exposée de ne pas trouver un parti aussy convenable, vu son âge et vu le peu de temps, suivant les apparences, qu’elle a à rester icy, puisqu’on ne fait qu’attendre l’ordre pour que tous les Acadiens s’en retournent dans différentes Isles ». Il marque.

Premier témoin non parent : Joseph BELLEFONTAINE, cy devant dans l’Acadie Major de Milice, 68 ans. Il dit comme les autres. Il signe, assez mal.

Second témoin non parent : Jean VINCENT, pêcheur, 27 ans, Témoigne que l’amitié entre les suppliants a commencé dès que « les ravages des Anglais a obligé le suppliant à quitter sa demeure pour venir habiter dans le lieu où était la suppliante ». Ils risquent « de se trouver dispersés à leur arrivée dans les Isles ». Il marque
 
 

Joseph DEMIUS

et

Anne LANDRY

1763

Le 15 Mai 1763, «Supplient très humblement  Joseph DEMIUS, écuyer, Sr d’Entremont et Anne LANDRY, sa cousine germaine, tous deux originaires de l’Acadie et demeurant de présent à Cherbourg. Et ont l’honneur de représenter à Votre Grandeur que dans la dite Acadie, on ne fait aucune difficulté d’accorder dispense à des cousins germains qui se recherchent pour le mariage ; qu’en conformité et à l’invitation de son frère, de son cousin germain, et de plusieurs autres , qui dans ce cas l’ont obtenu, il aurait, après les avoir connu par luy même les bonnes vies et mœurs de la Delle sa cousine germaine , fait l’honnête recherche d’icelle ainsi que la demande, qui dans son païs auparavant l’arrivée des Anglois, lui fut donnée de l’agrément de toute sa famille. Mais les Ennemis de l’Etat étant survenus peu de tems après, firent échouer leur entreprise; et ne pensèrent pas alors, qu’à se défendre courageusement contre les pressantes sollicitations de ces insulaires, qui faisaient leur possible pour gagner les suppliants et tous leurs parents, au Service de leur Roy et leur faire abandonner leur Ste Religion et la fidélité qu’ils doivent à Sa Majesté très chrétienne leur Légitime Souverain, aux promesses de les établir dans la possession de tous leurs biens, et leur accorder des Employs et Offices digne de leur rang et de leur naissance ! Toutes ces belles promesses ne furent point capables d’esmouvoir ny d’ébranler la constances des suppliants, pour la conservation de leur Ste Religion, pour le maintien de laquelle ils auroient versé, et verseroient encore aujourd’huy jusqu’à la dernière goutte de leur sang ! Les ennemis outrés de leur refus, les firent apporter comme les autres en France, après les avoir pillés généralement de tout, Meubles, Linge, hardes, Argent et Papiers jusqu’à leurs Tiltres de Noblesse dont ils se sont emparés pour se venger du refus des suppliants, lesquels furent débarqués audit Cherbourg, où depuis ce tems ces deux amans se sont toujours maintenus dans une étroite amitié l’un pour l’autre…… »

(Bien qu’un peu long, ce texte me paraît important. Il est un peu arrogant mais on ne peut s’en étonner car il s’agit d’un aristocrate, mais il fait pour une fois mention du prétexte que trouvèrent les Anglais pour justifier la déportation de tout un peuple dans des conditions abominables, c’est à dire le refus des Acadiens de renoncer à la Religion Catholique). L’enquête a lieu le 19 Juin.

Messire Joseph DEMIUS écuyer, Sr d’Entremont, fils de feu Messire Charles DEMIUS, écuyer, Sr d’Entremont et de delle Marguerite LANDRY, originaire de Soubomcoup (Pobomcoup, maintenant Pubnico à l’extrémité sud-ouest de la Nouvelle Ecosse actuelle) Acadie , vivant de la paye du Roy, débarqué il y a trois ans et demi, âgé de 39 ans. Curieusement, pour un écuyer, il ne sait pas signer.

Demoiselle Anne LANDRY comparait. Elle est fille de défunt François LANDRY et de défunte Marie BéLIVEAU et a vingt six ans. elle confirme que le suppliant la recherche depuis cinq ans et qu’elle luy a donné sa parole il y a trois ans et demi. Elle rappelle qu’en Acadie que les dispenses pour consanguinité du  deuxième degré sont très couramment accordées et que s’ils étaient restés en Acadie en renonçant à leur religion, il n’y aurait eu aucun problème. Elle marque.

                                                               Pierre LANDRY, père commun, d’où :

Marguerite LANDRY                                                                                                       François LANDRY

x Charles DEMIUS, écuyer, Sr d’Entremont, d’où :                                                     x Marie BéLIVEAU, d’où :

Joseph DEMIUS, écuyer, Sr d’Entremont, suppliant                                                  Anne LANDRY, suppliante.

Premier témoin parent : Messire Pierre DEMIUS, écuyer, Sr d’Entremont, vivant de la paye du Roy, 31 ans, frère du suppliant. Il marque.

Second témoin parent : Jean LANDRY navigateur, 30 ans. Il est le frère de la suppliante et cousin germain du suppliant. Il marque.

Premier témoin non parent : Joseph BELLEFONTAINE, vivant de la paye du Roy, 68 ans. Il signe.

Second parent non parent : Michel BELLEFONTAINE, vivant de la paye du Roy, 29 ans. Il signe.

Tous témoignent dans le même sens. Le frère de Joseph DEMIUS a obtenu la dispense en Acadie et a donc pu épouser sa cousine germaine. De plus, «s’ils ont abandonné tous les biens qu’ils possédaient dans l’Acadie et refusé de se soumettre à la domination des Anglois, ce n’est que dans la crainte qu’on leur fit perdre le libre exercice de leur religion et qu’on les forçât d’apostaser ». 

L’autorisation de procéder au mariage est accordée à M Jean LE TEROÜILLY, desservant de l’église Notre Dame de Cherbourg.

Cette famille MIUS d’ENTREMONT était établie en Acadie depuis le 17ème siècle. L’un d’entre eux, Philippe MIUS d’ENTREMONT avait épousé Le 4 Décembre 1707 Thérèse de SAINT CASTIN, fille du baron Jean Vincent de SAINT CASTIN, figure mythique de la conquête des territoires de la Nouvelle France et de sa femme Pidianske (Marie Mathilde), princesse indienne fille de Madokawando, chef suprême des Abenaquis, tribu alliée des colons français, dans leur lutte contre les anglais.

Le 3 Juillet 1763, « Supplient très humblement Ambroize BOURK et Modeste MOULAISON », parents du quatre au quatrième degré de consanguinité, et qui  se sont promis mutuellement de s’épouser il y a un mois. A Cherbourg,  il n’y a que trois Acadiennes qui ne soient pas parentes du suppliant et deux sont sur le point de se marier. Il est un parti fort avantageux pour la suppliante qui n’a que vingt et un ans mais dont le père est très âgé et chargé d’un grand nombre d’enfants « que le suppliant s’oblige de soulager actuellement et dans la suite, lors qu’ils seront obligés de passer dans les Isles où il plaira au Roy de les envoyer ». L’enquête a lieu le 6 Juillet.

A comparu Ambroize BOURK, 31 ans, vivant de la paye du Roy, domicilié à Cherbourg depuis environ quatre ans. Il marque.

A comparu Modeste MOULAISON, occupée journellement chez son père à ce qui regarde le ménage, débarquée à Cherbourg il y a environ trois ans et demi. Tous attendent de jour en jour l’ordre de transport, «vu qu’il y en a déjà plusieurs d’entre eux qui l’on reçu. Qu’ainsi si la dispense ne leur était pas accordée, elle suppliante, son père et ses frères et sœurs pourraient en souffrir un grand préjudice ». Elle marque. 

 MÉLANSON, père commun, originaire d’angleterre et dont on ignore le nom de baptême, d’où :

La Verdure MÉLANSON, d ‘où :                                                                     Charles MÉLANSON, d’où :

Pierre MÉLANSON, d’où :                                                               Ambroize MÉLANSON, d’où :

Cécile MÉLANSON                                                                                           Cécile MÉLANSON, d’où :

x Charles BOURK, d’où :                                                                                  x Jacques MOULAISON, d’où :

Ambroize BOURK, suppliant.                                                                         Modeste MOULAISON, suppliante.

Premier témoin parent : Jean GRANGER, calfateur, 48 ans, à Cherbourg depuis trois ans et demi, cousin du suppliant au troisième degré. Il marque.

Second témoin parent : Jacques MOULAISON, pêcheur, 60 ans, à Cherbourg depuis trois ans et demi, père de la suppliante. Il dit que «il ne connaissait pas dans le commencement de l’honnête recherche que le suppliant a fait de sa fille la parenté qui se trouve entr’eux ». Il marque.

Premier témoin non parent : Jean RENAUD, matelot, 22 ans originaire de l’Isle St Jean. Il signe.

Second témoin non parent : Pierre POTIER, matelot, 22 ans, à Cherbourg depuis quatre ans et demi. Il marque.

Tous font le même  témoignage.

 
 

1771. Monseigneur Jacques LEFEBVRE DUQUESNOY est décédé. Son successeur n’est pas nommé dans les actes suivants

 

Joseph LANDRY

et

Magdeleine LANDRY

1771

Le 24 Avril 1771, « Joseph LANDRY, natif de l’Acadie, païs de la nouvelle France, fils de feu François lequel était frère de feu René et Magdeleine LANDRY, aussi de l’Acadie, fille dudit feu René frère de François » étant cousins germains doivent, malgré leur inclinaison mutuelle, solliciter une dispense du deux au deuxième degré de consanguinité. Les suppliants font remarquer que « quel que proximité qu’il y ait entre eux et tous ceux de leur païs ils n’ont dans aucune circonstance été obligés, Monseigneur, de s’adresser au Pape, parce que dans l’Acadie leur Evêque dispensait d’un pareil empêchement ce que n’étant pas Européens, ni régnicoles (qui habitent le pays où ils sont nés, auquel ils appartiennent, par opposition aux étrangers-définition LAROUSSE)(habitant naturel d’un royaume, étranger naturalisé-Dictionnaire Français-BOISTE-1832), les Banquiers de France n’ont point pouvoir d’exploiter pour eux » .

La même dispense a été accordée « par votre Illustrissime prédécesseur » à Joseph DEMIUS d’ENTREMONT et à Anne LANDRY, pareillement cousins. « Cette dispense leur a été accordée gratuitement, et comment des malheureux expatriés et transportés par les Anglais en France, après une espoliation entière, expropriés d’immenses possessions, réduits aujourd’huy dans le plus triste état sans autres ressources que leur industrie, auraient ils été en état de l’obtenir s’il avoit fallu la payer ».

Si vous ne l’accordiez pas aux suppliants, « la suppliante déjà âgée de près de trente ans, demeurée sans père ni mère ni personne qui prenne intérêt à elle resterait sans établissement, exposée à toutes les horreurs de l’indigence »

L’enquête a lieu le 29 Avril.

Joseph LANDRY comparait. Il est fils de feu François et de deffunte Marie BELIVEAU, originaire de Port Royal, navigateur, transporté par les Anglais il y a douze ans, 28 ans. Il fréquente honnêtement la suppliante depuis huit ans en vue du mariage. Il signe.

Magdeleine LANDRY, fille de défunt René LANDRY et de deffunte Marie Josephe d’ENTREMONT, arrivée à Cherbourg il y a environ onze ans sur un vaisseau anglais, est occupée journellement chez elle au travail du mesnage. Elle redonne les mêmes raisons, son âge, le fait qu’elle n’a jamais été mariée ni recherchée, leur attachement mutuel de plus en plus fort, l’égalité de leur caractère et, pour obtenir la gratuité, le fait qu’ils n’ont que la paye du Roy pour vivre et que « le Banquiers de France ne peuvent exploiter pour eux, car les Acadiens ne sont point régnicoles »

                                               Pierre LANDRY, père commun, d’où :

François LANDRY                                                                                            René LANDRY

x Marie BELIVEAU, d’où :                                                               x Marie Joseph D’ENTREMONT, d’où :

Joseph LANDRY, suppliant                                                                            Magdeleine LANDRY, suppliante

(Complète l’arbre de Joseph DEMIUS d’ENTREMONT et d’Anne LANDRY, x  en 1764).

Premier témoin parent : Pierre LANDRY, navigateur, 31 ans, frère de Joseph. Il marque.

Second témoin parent : Joseph LANDRY, navigateur, 48 ans, frère de Magdeleine. Il marque.

Premier témoin non parent : Pierre NONAINVILLE, drapier, bourgeois de Cherbourg, 41 ans. Il signe.

Second témoin non parent : Loüis NONAINVILLE, aussy drapier, et aussy bourgeois de Cherbourg, 23 ans. Il signe.

Tous les témoins répètent inlassablement les mêmes arguments.

 
 

Bazile CHIASSON

et

Monique COMMOT

1772.

Le 17 Avril 1772, Basile CHIASSON et Monique COMMOT déposent une demande de dispense de consanguinité du trois au quatrième degré. Les arguments sont toujours les mêmes et ils ajoutent que « la suppliante pourrait se trouver exposée au danger de ne se jamais marier, surtout sans dispense, puisqu’elle est parente de presque tous les Acadiens qui sont en cette ville et qu’il est très rare de voir les Jeunes Gens du pays épouser des Acadiennes ».

L’enquête a lieu les 6 et 7 May. Bazile CHIASSON comparait. Il est fils de feu Pierre et de deffunte Catherine MIRAT, originaire de l’Isle St Jean en l’Acadie, tonnelier, 22 ans. Il ajoute aux arguments habituels que les bans de leurs futur mariage sont publiés. Il signe, très bien.

Monique COMMOT est fille d’Honoré et de deffunte Marguerite POIRIé, originaire de l’Isle St Jean dans le Canada d’où elle a été transportée sur une frégate française il y a environ quatre ans. Elle a 23 ans (ou 25) et est occupée journellement chez elle aux travaux du ménage. Elle n’a jamais été mariée. Elle marque.

                                                Jean Baptiste CHIASSON, père commun, d’où :

Gabriel CHIASSON                                                                                           Marie CHIASSON

x Marie SAVOYE, d’où :                                                                                   x Joseph POIRIÉ, d’où :

Jean Baptiste CHIASSON                                                                                Margueritte POIRIER

x Marie PITRE, d’où :                                                                                        x Honoré COMMOT, d’où :

Pierre CHIASSON                                                                                             Monique COMMOT, suppliante

x Catherine MIRAT (MIRA), d’où :

Bazile CHIASSON, suppliant.

Premier témoin parent : Jean RENAUT, originaire de l’Isle St Jean dans le Canada, arrivé il y a treize ans, marinier, trente ans. Il est cousin du trois au quatrième degré de consanguinité du suppliant. Il dit que les suppliants se fréquentent en vue du mariage depuis un an et demi et qu’ils «ont le consentement des parents de part et dautre». Le suppliant a déjà fait bien des dépenses en vue de ce mariage. Le témoin signe.

Second témoin parent : Honoré COMMOT, père de Monique, originaire de la paroisse de Pigiditte (Pigiguit) , «d’où il a été transporté sur une frégatte française à Brest et de là à Cherbourg » il y a environ quatre ans. Il est manœuvre et a 56 ans. Il marque

Premier témoin non parent : Etienne MIUS d’ENTREMONT, escuyer, à Cherbourg depuis 13 ans. Il signe.

Second témoin non parent : Jean BROUSSARD, à Cherbourg depuis 14 ans, charpentier, 29 ans. Il dit qu’il n’est pas parent «à moins que ce ne soit à un degré bien éloigné». Il marque

 

 
 
 

1773.

Le 3 Juin 1773, Jean BROUSSARD et Marguerite CONMOT (CONMEAU) supplient très humblement…..Consanguinité du trois au troisième degré. Si la dispense leur est refusée, la suppliante ne pourrait trouver à se marier dans la suite « pource que les personnes du pays n’aiment point à s’allier avec les Canadiens dans la crainte que si l’on faisoit repasser ceux-ci dans leur pays on ne les forçât à repasser avec eux, que d’ailleurs n’étant point régnicoles, les Banquiers en Cour de Rome ne peuvent exploiter pour eux sur des motifs aussy légitimes »

L’enquête a lieu le 21 Juin.

Jean BROUSSARD, fils de feu Joseph et de deffunte Ursule LE BLANC est charpentier et a  30 ans. Il recherche la suppliante depuis deux mois. Il marque.

Margueritte CONMEAU, fille d’Honoré et de deffunte Marguerite POIRIER. Elle a été transportée de Brest à Cherbourg il y a environ 5 ans sur un vaisseau françois. Elle demeure avec son père «chez lequel elle est occupée journellement au travail du ménage». Elle a 22 ans. Elle n’a jamais été mariée. Elle marque.

                               N. La Vallée CHIAISSON, dont on ignore le nom de baptême, père commun, d’où :

Françoise CHIAISSON                                                                                     Anne Marie CHIAISSON

x Pierre LEBLANC, d’où :                                                                 x Michel POIRIER, d’où :

Ursule LE BLANC                                                                                             Margueritte POIRIER

x Joseph BROUSSARD, d’où :                                                                        x Honoré CONMEAU, d’où :

Jean BROUSSARD, suppliant                                                                         Margueritte CONMEAU, suppliante.

Premier témoin parent : François LANDRY, sabotier, 60 ans, parent du deux au troisième degré du suppliant. Dépose que les suppliants se recherchent en vue du mariage depuis environ deux mois. Il marque.

Second témoin parent : Honoré CONMEAU, père de Margueritte et de Monique,  qui s’est mariée en 1772 avec Bazile CHIASSION. On voit l’imbrication de ces familles, elles sont les mêmes bien que l’orthographe des noms change en fonction de l’acte concerné et de la fantaisie du secrétaire.

Premier témoin non parent : Jean BERTRAND, transporté à Cherbourg il y a six ans sur un vaisseau françois, journalier, 36 ans. Il marque.

Second témoin non parent : le Sr Joseph de BELLEFONTAINE, escuyer, est à Cherbourg depuis 15 ans et y vit de la paye du Roy, 75 ans. Il signe.

 

 

Monsieur LE TEROÜILLY, prêtre, licencié ès Lois et doyen de la Hague, est curé de Cherbourg pendant toute cette période.

     
 

Voici donc les témoignages de la petite poignée d’Acadiens déportés à Cherbourg après la chute de Louisbourg le 26 Juillet 1758. On a vu que cette déportation s’est étalée dans le temps. On voit aussi leurs souffrances, les familles intentionnellement séparées, les nombreux morts, soit à bord des bateaux de transport où les conditions de vie étaient effroyables, soit même en arrivant en France où les familles sont décimées en quelques mois et ou elles vivent dans la misère.  On sait aussi, au vu de l’Histoire, que leur espoir sans cesse exprimé de pouvoir retourner dans leur pays a été déçu. En effet, en ce qui concerne Louisbourg, les Anglais démolirent systématiquement la citadelle et la ville dans les délais les plus brefs, ne laissant pierre sur pierre. Ils furent quelquefois autorisés à se réinstaller en Acadie, mais jamais sur leurs anciennes terres, si riches, et qu’ils avaient su si bien mettre en valeur, qui furent très vite occupées par des colons écossais,  implantés là par le gouvernement britannique.

Que sont-ils devenus tous ? Il serait sûrement possible de le savoir puisque les documents d’archives existent, soit en France, soit dans les contrées où ils ont fini par pouvoir s’installer, parfois très longtemps après leur arrivée à Cherbourg. Ce qu’on sait, c’est que très peu d’entre eux sont restés en France. Le site Internet cité pour la famille DAIGLE permet de suivre l’un d’entre eux dans ses pérégrinations. François Marie, jeune frère de Marie Rose, qui avait pourtant épousé une cherbourgeoise non acadienne, après un séjour de quelques années au Havre a émigré en Louisiane le 11 Juin 1785, ayant tenté sans succès l’aventure poitevine. En effet, dans le courant de l’été 1772, le Marquis de PERUSSE des CARS, Seigneur de Monthoiron, forma le projet de l’implantation d’une colonie d’Acadiens dans la région de Chatellerault. La réalisation de ce projet, partant pourtant d’une très bonne intention, rencontra tant de difficultés que le problème ne fut définitivement résolu qu’en 1793 ! Peu d’Acadiens avaient eu la patience d’attendre (cf La Revue des « Amitiés Acadiennes » n° 91).

La famille MIUS d’ENTREMONT est suivie. Il y a encore des MIUS au Canada, certains connus sous le nom de MIOUSSE. Il semble que Joseph est décédé très rapidement après son mariage, le 23/3/1766 (cf Revue Généalogique Normande n° 73, page 41)

En conclusion, on ne peut que déplorer le sort tragique de ces colons qui avaient fondé une vraie nation, victimes malgré leur courage de cette « Guerre de 100 Ans des Français d’Amérique » comme l’appelle Robert SAUVAGEAU dans son histoire de l’Acadie publiée chez BERGER-LEVRAULT. Ils n’attendaient au fil des ans pas grand chose de la France, on le sent dans ces textes. Ils restent encore maintenant à travers le monde un peuple Acadien, malgré la destruction de leur monde il y a presque  250 ans. On ne peut que les admirer et raconter leur histoire qui est ignorée de la plupart des Français. Beaucoup d’entre eux vivent dans les Provinces Maritimes au Canada, l’ancienne Acadie, c’est à dire la Nouvelle Ecosse, Le Nouveau Brunswick, seul état bilingue avec le Québec, la presqu’ile de Capbreton où les Canadiens ont admirablement reconstruit, à l’aide des plans d’époque communiqués par la France, la forteresse de Louisbourg, l’Ile du Prince Edward, et même l’Etat du Maine aux USA, ainsi que la Louisiane, où on les appelle les Cajuns et  St Pierre et Miquelon, seule possession française qui nous est restée après la signature du Traité de Paris en 1763, après encore bien des mésaventures qui ne se terminèrent définitivement qu’en 1816. Ils s’efforcent avec les difficultés qu’on peut imaginer de maintenir l’usage du Français. Aller leur rendre visite leur fait très plaisir et les touche beaucoup.   

Paris, le 12 Mai 2000

Michèle GODRET, née CLOUET-UCGHN n° 27-2037    EGBMN-n° 157    RACINES ET RAMEAUX FRANCAIS D’ACADIE-n° 92

 

 

Image du couple acadien : http://www.elements.nb.ca/theme/Environmental%20Healing06/Anna/couple-acadien.jpg

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