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André Mignier dit Lagacé et Jacquette Michel
par Gilles Tremblay

 

 

Qui est vraiment ce rétais?  Puisqu'il est une souche de plusieurs familles du Québec et d'Amérique, il se devait, comme tous les autres ancêtres, d'être aventurier.  Son histoire débute dans la controverse.  Selon la fiche du « Fichier Origine », André[1] serait né le 11 avril 1651 mais du même souffle les chercheurs[2] indiquent que cette date est « invraisemblable » et pour cause.  André déclarait avoir 41 ans[3] en 1681 ce qui porte son année[4] de naissance en 1640 ce dont Cyprien Tanguay fait écho.  De plus, il est mentionné qu'il a 26 ans au recensement[5] de 1666.  Ce qui est cohérent avec ce qui précède.

Toujours selon la fiche du « Fichier Origine », l'ensemble de ses frères et sœurs sont connus « La Chapelle-du-Bois dépendait de la paroisse de St-Martin-de-Ré. Neuf de ses dix frères et sœurs sont baptisés au Bois-en-Ré (St-Martin-de-Ré) : Marie[6], le 24-01-1636 ; Pierre[7], le 06-01-1638 ; Marie[8], le 30-05-1645 ; Michel[9], vers 1648 ; Jeanne[10], le 28-06-1649 ; Catherine[11], le 08-04-1654 ; Pierre, le 08-04-1654 ; Jean[12], le 15-10-1665 et Étienne, le 04-08-1668. Son troisième frère Pierre[13] (homonyme) est baptisé à Ars-en-Ré (St-Étienne), le 28-12-1639. Sa mère[14] est inhumée le 10-03-1669 à La Chapelle-du-Bois. À propos du migrant, il peut s'agir d'un frère homonyme ou ayant changé de prénom. Cette naissance en 1651 est invraisemblable puisque le migrant se serait marié à 17 ans alors qu'il affirme avoir 41 ans en 1681. »[15] .  Donc, en ajoutant un peu d'ordre dans cette énumération, la famille se compose de Marie, 24/01/1636; Pierre, 06/01/1638; Pierre, 28/12/1639; Marie, 30/5/1645; Michel, 10/1/1647; Jeanne, 28/06/1649;  André, 11/4/1651;

Catherine, 08/04/1654.  Le ratissage des registres a permis de préciser la naissance de Michel[16]-[17].

Avant de poursuivre, il faut parler de Catherine Masson.  Selon son acte de sépulture en date du 10 mars 1669 elle est dite âgée de 57 ans ce qui porte son année de naissance vers 1612.  Ce qui porterait sa période de fécondité[18] entre 1624 et 1660 à quelques années près.  Cette période permet d'associer les enfants de Marie l'aînée à Catherine.  Ceci exclut donc Jean et Étienne nés clairement hors de cette période, mais devrait inclure Pierre, le jumeau de Catherine.

Revenons au Pierre présenté comme jumeau de Catherine.  Il n'y a pas d'acte de baptême propre ou conjoint avec celui de sa sœur.   Soit  qu'il n'a  pas été baptisé, qu'il se retrouverait ailleurs dans les registres ou proviendrait d'une source étrangère au registre ou n'existerait pas.  L'acte de naissance de Jean confirme qu'il n'est pas un frère,  il serait le fils de l'un des Pierre et d'une dénommée Catherine Raguenet.  Quand à Étienne, il aurait été probablement confondu avec un autre Étienne lié à la famille Migner.  Cet Étienne est cité comme étant le fils de Pierre Nuorteau et d'une des Marie Migner.  Baptisé[19] le 4 novembre 1668 et décédé[20] le 23 août 1669, Michel Migner est cité comme le grand-père présent aux obsèques de l'enfant.  Conséquemment, la famille Migner serait circonscrite à quatre garçons et à autant de filles.

Toujours basé sur l'acte de sépulture de Catherine Masson et sur l'affirmation des chercheurs du Fichier Origine selon laquelle Catherine se serait mariée à Ars-en-Ré, le ratissage des archives de la paroisse Saint-Étienne a permis d'établir que Catherine serait la fille[21] de Pierre Masson et de Jeanne Valleau, baptisée le 1er juillet 1613 dont le parrain était Louis Formis et la marraine Catherine Valleau.  La famille aurait été composée de Catherine (1613-1669), Antoine (vers 1614-1641[22]), Jean (1615[23]-1645[24]), Jeanne (1615[25]-????) et Marthe (vers 1618-1646[26]).  Son père Pierre serait décédé centenaire[27] en 1654 et sa mère Jeanne Valleau serait décédée nonagénaire[28] en 1646.  Or, les dates de baptêmes des enfants remettent en cause l'âge véritable au décès de Jeanne Valleau.  Si elle était bien âgée de 90 ans comme l'indique l'acte de sépulture elle aurait accouchée de Catherine à l'âge de 57 ans et du dernier enfant connu à l'âge de 62 ans.  Ce qui est tout simplement impossible.  Elle serait donc, au plus, décédée octogénaire.

Revenons maintenant à la famille de Catherine et de Michel. Comme selon toute vraisemblance le André né en 1651 n'est pas l'ancêtre recherché, les recensements pointent un des deux Pierre .  Mais voilà, lequel?   Si du moins, il y en ait un d'impliqué.  Aucune preuve direct de l'embarquement d'un Mignier à bord d'un navire en avril 1664 ne semble disponible, pour départager. L'acte de mariage qui cite les parents du André Mignier présent en Nouvelle-France ne laisse aucun doute sur le fait qu'il s'agit bien d'un enfant de cette famille.  Ayant pris pour acquis que le André baptisé en 1651 se trouve disqualifié par son âge et que le André de Nouvelle-France ne s'est pas trompé sur son âge lors des recensements de 1666 et 1681 mais qu'il a seulement omis un de ses prénoms, l'hypothèse que ce soit un des deux Pierre devient envisageable.  Pourquoi alors se faire appeler André quand on se prénomme Pierre? En contrepartie, si le nom de l'ancêtre de Nouvelle-France est exact, à qui avons-nous alors vraiment affaire?

À priori, que savons-nous des deux frères Pierre?  Il y en a  un qui semble avoir épousé une Catherine Raguenet en 1661 et  ils ont été les parents d'un garçon prénommé Jean, né en 1665 ce qui démontre que ce Pierre n'était pas du départ de 1664.  

Parce que le chef de famille donnait rigoureusement le prénom du parrain ou de la marraine et ce sans égard si l'enfant précédent était vivant ou non, ce qui explique les deux Pierre et les deux Marie. Usuellement, les parents devaient donc utilisés des surnoms ou des prénoms composés pour différencier les enfants homonymes.  Il apparaît donc vraisemblable qu'un des Pierre auraient pu se prénommer Pierre-André pour le distinguer de son frère.  Nous reviendrons sur cette hypothèse après avoir distinguer  lequel des Pierre serait demeuré en France.

Donc, un des Pierre se mariait[29] le 10 mai 1661 avec une dénommée Catherine Raguenet et le même était le père d'un fils[30] dénommé Jean baptisé le 10 mai 1665 dont la mère est également Catherine Raguenet.    Après cette date, nous retrouvons de plus, un des Pierre demeuré en France car, le 10 mars 1669, il est cité comme témoin tout comme son père Michel et son beau-frère Pierre Nuorteau aux funérailles de sa mère, Catherine Masson.  D'autres actes faisant état de la présence d'un Pierre Migner sont associés à la famille Mignier et Raguenet:

·        Le 16 janvier 1670, il était présent au baptême de son fils François dont la mère est Catherine Ragnet et il était alors reconnu laboureur;

·        Le 11 mai 1671, il était présent au mariage de son beau-frère Hélie Ragnet. Ce dernier savait signer car sa signature se retrouve sur l'acte de mariage de 1661 de sa sœur Catherine (voir l'illustration Erreur : source de la référence non trouvée);

·        Le 28 mai 1671, il était présent aux obsèques  de sa belle-mère Louise Moynes;

·        Le 3 septembre 1671, il était présent au baptême du fils d'une de ses sœurs Marie;

·        Le 4 novembre 1671, il était présent au mariage de sa sœur Jeanne ainsi que son père Michel reconnu laboureur;

·        Le 22 avril 1672, il était présent aux funérailles de son beau-père Pierre Ragnet;

·        Le 20 août 1673, il était présent au baptême de son fils Michel dont son frère Michel était le parrain;

·        Le 9 novembre 1673, il était présent au remariage de sa sœur Jeanne, leur père Michel était présent;

·        Le 29 janvier 1675, il était présent au mariage de son frère Michel, leur père Michel était présent;

·        Le 3 avril 1676, il était présent au baptême de son fils Simon;

·        Le 4 avril 1676, il était présent aux obsèques de son fils François;

·        Le 20 mai 1678, il était présent aux funérailles de son père Michel décédé à l'âge de 76 ans;

·        Le 23 juin 1678, il était présent au baptême de son fils Innocent;

·        Le 13 septembre 1678, il était présent aux funérailles de son fils Innocent.

Il est clair qu'il est question du même Pierre.  Ce qui permet de déterminer  lequel des deux Pierre est demeuré dans son village natal c'est l'acte de sépulture  de ce Pierre Mignier en date du 1er décembre 1685 dont l'âge déclaré est de 48 ans. Cet acte pointe donc l'aîné.   De plus, cet acte permet d'alourdir l'hypothèse que le second Pierre serait celui présent en Nouvelle-France ce qui se trouve conforme aux âges déclarés aux recensements de 1666 et 1681 par celui présent en Nouvelle-France.

L'acte d'inhumation de Pierre Mignier l'aîné montre également une présence inattendue soit celle d'un André et d'un Jean cités après le nouveau chef de famille Michel.  Sont-ils des frères ou des enfants du défunt. Le prénommé Jean est certainement le fils du défunt selon ce qui précède.  André serait lui aussi le fils du défunt selon un acte de mariage[31] en date du 21 juin 1689 entre François Bernard et Marguerite Mignier déclarée fille du défunt Pierre.  Toujours selon cet acte, la mariée était accompagnée de ses deux frères prénommés André et Pierre.  Il apparaît donc très probable que ce André serait le fils du défunt.  On retrouve ce André qui se mariait[32] en 1691 à l'âge de 26 ans ce qui porte sa naissance en 1665.  Est-ce que le parrain serait André Mignier né en 1651?  Si tel était le cas, ce serait la preuve qu'il serait demeuré en France.  Or, la vérification montre qu'il n'y a pas d'acte de baptême concernant un enfant prénommé André fils de Pierre et Catherine Raguenet dans les registres de Chapelle-au-Bois.  Il n'y a que Jean[33] fils de Pierre et Catherine Raguenet. 

Il se peut donc que ce André soit né dans la même année que son frère Jean ce qui rend plausible le baptême dans une paroisse différente ou l'omission dans le registre.  Comme Jean est né à la mi-octobre 1665, son frère André serait possiblement né en janvier ou février 1665 ou dans la mi-année 1666.  Il est donc peut probable qu'il soit le fils de Pierre le cadet.

Pierre le cadet, André et Catherine n'apparaissent plus aux registres de leur village natal après leur baptême tout comme dans les registres des villages voisins d'Ars-en-Ré et de La Flotte.  Ils n'ont pas été appelés comme parrain ou témoin dans un mariage.   Si Pierre le cadet et son frère André avaient été présents ils auraient sûrement été cités avec leur frère Michel.


Église Saint-Étienne du village d'Ars-en-Ré

Il faut donc revenir à l'hypothèse du surnom ou du prénom composé.  L'armée c'est chargée des surnoms, il se pourrait bien en avoir eu un, enfant, pour le distinguer de son frère aîné.  Il est tout aussi possible qu'il ait été prénommé Pierre-André pour les mêmes raisons.  Faute de mieux, cette hypothèse s'avère la plus réaliste parce qu'elle est la plus simple. 

Pierre-André serait donc le fils de Michel et Catherine Masson mariés34] le 16 mars 1635 dans la commune de Ars-en-Ré en l'église Saint-Étienne.  Une recherche dans le registre[35] des mariages de cette paroisse n'a pas permis de trouver l'acte.  Michel, un laboureur[36], semble avoir vécu toute sa vie comme insulaire.  Né vers 1602 et décédé le 20 mai 1678, il était à la tête d'une famille[37] de quatre garçons et d'autant de filles. Quant à son épouse Catherine, sa vie a certainement été imbriquée dans celle de Michel et elle aurait vécu du 1er juillet 1613 jusqu'au 10 mars 1669.  Le couple ce serait déplacé de Ars-en-Ré peu de temps après leur union pour s'installer à Chapelle-au-Bois car tous les enfants, sauf le fils cadet, semblent  y être né.

Pierre-André ne sachant pas signer, comme le prouve l'acte de mariage, il a donc reçu une instruction académique limitée comme pour la majorité des gens de cette époque.    Il a donc dû, durant sa jeunesse au village natal,  contribué à la survie de sa famille.  La suite de son histoire reposera sur celles mieux connus des contemporains auxquels il semblait lié.

Était-il protestant?  Il est dit huguenot[38].  Qui était réputé rétois huguenot ou catholique à l'époque? « Au niveau de la confession des habitants, ce sont dans les marais salants que le protestantisme gagne du terrain, alors que dans les vignes, tout le monde est catholique. »[39]. Cependant, la famille Mignier était profondément catholique car ses membres sont aux registres d'une église catholique y incluant Pierre-André.  Le Programme de Recherche sur l'Émigration des Français en Nouvelle-France(PREFEN) indique qu'il aurait été de confession catholique.  Il est possible que Pierre-André se soit converti au calvinisme, il n'y a, par contre, aucun acte d'abjuration qui le prouve et son mariage dans la foi catholique est plutôt une preuve de sa véritable confession. Ce sujet reviendra sur la sellette lorsqu'il sera question du mariage.

Jeune adulte, André se retrouvait, en 1664, enrôlé dans la compagnie de Berthier du régiment[40] de Charles-Étienne de Laillier, noble qui portait les armes à cette époque et qui a fait son service dans l'arrière-ban[41]..  Était-ce parce que les perspectives d'avenir étaient fermées ou voulait-il vivre autre chose?  L'absence de Pierre-André aux registres de sa paroisse natale laisse croire qu'il se serait enrôlé très jeune. Il aurait donc été pendant cette période un soldat professionnel.   Il a donc probablement participé à quelques batailles qui étaient alors assez nombreuses en Europe.  C'était très possiblement un vétéran.  Rien n'empêche, par contre, qu'il se soit enrôlé à la criée.

Par la suite, la vie de Pierre-André et des compagnies qui accompagnaient de Tracy sont intimement liées.  Toutes ces compagnies ont vécu la campagne des Antilles et par la suite les événements liés à leur affectation en Nouvelle-France.  Comme cette épopée historique concerne un grand nombre d'ancêtres, il vaut la peine d'en faire une synthèse adaptée lorsque c'est possible.  Pour obtenir plus de détails, plusieurs livres font état de cette portion de l'histoire et un site web y est totalement alloué.  Ces références sont toutes citées en bas de pages dans cette biographie.

Avant de débuter, il faut préciser la doctrine militaire de l'époque.  Elle est très facile à déduire des événements racontés par les diverses sources de l'époque.  Une fois enrôlé le soldat devenait la chose de la hiérarchie au même titre que les clous d'un charpentier à une seule différence près.  Un charpentier peut se passer de clous alors qu'un officier ne peut pas se passer de soldats.

Le soldat de cette époque est corvéable jusqu'à ce qu'il tombe malade ou meurt.  Son bien-être ne constitue pas une grande préoccupation.  On s'assurait autant que possible de lui procurer de la nourriture, un toit et une solde pour le garder en relative bonne santé.  La perte d'un soldat est insignifiante.  La perte d'une compagnie digne d'une mention.   Celle d'une colonne déplorable et celle d'un régiment fâcheuse.  Le combat était mené par assaut en rang serré au son du tambour et en terrain découvert.  L'artillerie de campagne était peu utilisé en Nouvelle-France car trop malaisée à transporter dans des territoires sans chemin.  De plus, les amérindiens se battaient rapidement en groupe épars rendant inutile l'utilisation du canon.  Le territoire vaut plus que les vies nécessaires pour le conquérir ou le défendre.    Finalement, les tactiques de l'armée régulière était complètement déphasées quant aux exigences du terrain.  Les tactiques déficientes étaient en partie compensées par l'avantage des armes et surtout de la discipline.

L'amérindien à une vision diamétralement opposé.  Lorsqu'il est reconnu chasseur, il était de facto guerrier.  Il n'avait pas à s'enrôler.  Il se sacrifiait volontiers pour son clan s'il ne pouvait pas faire autrement.  Il ne peut rester discipliné longtemps.  Le territoire est une notion immatérielle, il est essentiellement question de chasse sur un territoire qui peut varier dans le temps selon la disponibilité du gibier et la proximité du village.  Battre en retraite n'était pas déshonorant mais plutôt intelligent.  L'amérindien abandonnait aisément un territoire de chasse épuisé pour un autre plus prodigue ou fuyait même son village lorsque l'ennemi était plus fort.  Il pouvait être en guerre pour l'exploitation d'un territoire riche et non uniquement pour l'occuper.  Le combattant amérindien pouvait être armé d'un fusil, mais c'était loin d'être généralisé à l'époque.  L'amérindien pouvait obtenir un fusil de mauvaise qualité et des munitions qui lui permettaient de chasser ou de faire des escarmouches.  Il préférait l'eau-de-vie au fusil.  L'européen se méfiait généralement de l'amérindien  car les allégeances étaient assez volatiles.  Fournir un fusil de meilleur qualité et des munitions en quantité suffisante pour supporter de longues campagnes militaires pouvaient devenir un désavantage stratégique lors d'un changement d'obédience que personne ne voulait encourir.  Un tautologisme, l'amérindien ne possédait pas la technologie requise pour produire les armes européennes et soutenir leur utilisation sans échanges.  L'arc constituait donc l'arme de jet privilégiée.  Elle ne faisait aucun bruit et l'habileté des archers étaient redoutables.  L'amérindien préférait les tactiques d'embuscades, dans lesquelles ils excellaient.  Pour résumer, à la guerre l'amérindien chassait un gibier différent de celui qu'il chassait d'ordinaire.

Ce qui précède donne un bref aperçu du contexte dans lequel les combattants de l'époque évoluaient.  Ceci permettra de mieux comprendre les événements dans lesquels Pierre-André a été impliqué durant cette période de sa vie.

 

Le départ

En 1663, après avoir entrepris un effort important de colonisation des Antilles, les nouvelles en provenance de ces territoires sont alarmantes.  Plusieurs défis de l'autorité royale étaient rapportés ainsi que des conquêtes territoriales faites par les Hollandais.  Louis XIV ne pouvait tolérer pareils affronts et ordonnait à Joseph Antoine le Febvre de la Barre de restaurer l'autorité royale partout où nécessaire.[42]

Charles Colbert de Terron en tant que commissaire général de la Marine a certainement été impliqué dans l'organisation de l'expédition ainsi que Michel Le Tellier, secrétaire d'État de la Guerre, tous deux très appréciés du roi.  Le premier pour la création de la flotte du Ponant à Rochefort qui permettait à la France d'être une puissance maritime et le second pour la nationalisation de l'armée du royaume qui était dès lors sous la complète emprise du roi.

Il existait une rivalité entre le commissaire et le secrétaire.  Cette rivalité prenait sa source dans la logique courtisane qui prévalait à l'époque qui voulait que la considération royale bénéficiait à ceux qui pouvaient se faire valoir le plus aux yeux du monarque.  Or, de la Barre avait des accointances avec Le Tellier qui était pressenti pour diriger cette expédition, source potentielle de beaucoup d'honneurs. Comme de Terron ne désirait pas être en reste, il se devait de proposer son champion.  De Terron appuyé par son cousin Jean-Baptiste Colbert, proposait Alexandre de Prouville, marquis de Tracy.  Comme les états de service de ce militaire et diplomate de carrière étaient de loin supérieur à ceux de la Barre, Louis XIV se laissait convaincre assez facilement de confier le commandement complet de l'expédition au marquis de Tracy.  Pour ne laisser aucun doute sur l'autorité dont disposait son représentant, dans l'esprit des rebelles et des forces étrangères que le marquis avait pour ordre d'affronter.  Le 19 novembre 1663, le roi le nommait[43] au titre très prestigieux de « Lieutenant général dans toute l' étendue des terres de notre obéissance situées en l' Amérique méridionale et septentrionale, de terre ferme, et des iles, rivières etc... »[44], une coche sous le titre de vice-roi.  Dans les faits, il n'y avait aucune différence car l'office de vice-roi qui appartenait au comte d'Estrades n'avait pas été révoqué car le détenteur était alors ambassadeur en Hollande[45].

Vers la fin de 1663, les compagnies prévues pour l'expédition étaient appelées à se rabattre sur La Rochelle en vue du départ.  Le 23 février 1664, quatre compagnies provenant des régiments de Lallier, d'Orléans, de Champbelle et de Poitou s'embarquaient[46] sur le Brézé, navire d'au moins 800 tonneaux.  S'ajoutait la garde du marquis de Tracy et le marquis lui-même et probablement une partie des colons « Le roi qui avait beaucoup d'estime pour M. de Tracy lui donna quatre compagnies d'infanterie, et voulut que ses gardes portassent les mêmes couleurs que les siennes.  Il lui fit équiper deux vaisseaux, le Brezé et le Terron, dont l'un était de huit cents tonneaux, et y ajouta plusieurs autres navires chargés de vivres et de munitions. »[47] Le Terron[48] et plusieurs navires de ravitaillement[49],  au moins huit compagnies et près de 650 colons[50] composaient l'escadre qui appareillait trois jours plus tard.  Personne ne croyait alors se retrouver en Nouvelle-France .  Pierre-André quittait donc sa terre natale, le 26 février  1664, pour ne jamais y revenir.  Il faut noter qu'il débutait un voyage que très peu de ses contemporains ont réalisés.

Pour reconstituer le voyage de André, à cette époque, il faut suivre le périple de Tracy dans les Antilles.  André se retrouvait à faire escale dans plusieurs ports.  La présence des troupes devaient permettre à de Tracy de faire flotter le drapeau Français là où ses ordres l'exigeaient.  La reconstitution est basée sur trois sources différentes s'entrecoupant et qui permettent de rejoindre la majorité des points de vue. « L'expédition commença par débarquer à Cayenne pour en expulser les Hollandais et remettre la colonie à la Compagnie des Indes occidentales, puis elle fit un séjour à La Martinique où les habitants s'opposaient par affection envers la famille Dyel au retour en France d'un des fils de du Parquet, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, Jean-Jacques Dyel dit d'Esnambuc, nommé lieutenant-général à La Martinique le 20 mars 1651 par son père, Jacques Dyel, dit du Parquet. Tracy imposa ce retour en France afin d'éviter toute éventualité d'une prise d'armes contre le nouveau gouverneur Clodoré. Il s'installa ensuite à La Guadeloupe dont les habitants étaient, au contraire, soulevés contre le gouverneur Houel qui pratiquait des extorsions de fonds à leur encontre. Le lieutenant-général lui décerna une lettre de cachet pour le contraindre à rendre le Fort-Saint-Louis et à partir par le premier bâtiment rendre compte de sa conduite au roi. Houel s'exécuta, s'embarqua sur un navire de guerre nommé Le Terron et le roi le remplaça par du Lyon, gentilhomme bourguignon dont Tapie de Monteil fit l'éloge.  L'expédition resta 14 mois dans l'île parce que, d'après l'auteur du livre de Raison, elle jouissait d'un climat sain et n'était pas, comme les autres Antilles, pourvue de couleuvres qui attaquaient les habitants jusque dans leur lit. Ce séjour aussi agréable que paisible prit fin par un ordre de Louis XIV du 15 avril 1666, expédiant 4 compagnies au Canada, pour réduire les sauvages à l'obéissance, formule établissant de nos jours qu'on ne se faisait pas, alors, à la Cour, une idée très exacte de ce que pouvaient être les 5 nations iroquoises. »[51].

« L'escadre prit la direction de Madère, route empruntée pour rejoindre la Guyane. Elle se trouva confrontée à 5 bâtiments turcs qui ravageaient la région et rendaient la vie difficile aux habitants de l'île.  L' affrontement eu lieu et les bâtiments turcs furent défaits, les navires de guerre français et le feu des soldats eurent raison de ces pirates. Les Portugais pour fêter l' événement offrir à Messieurs De La Barre, et De Tracy une très belle réception en guise de remerciement. Tracy aurait, semble t-il, boudé la fête.

Un correspondant, Martin Forand a écrit que le Brésé commandé par le capitaine Job FORANT  aux ordres de De la Barre est attaqué au large du Portugal par cinq vaisseaux turcs qu'il met en fuite. Puis le navire se rend à Cayenne pour sommer le gouverneur hollandais de rendre l’île aux Français.

L'escadre repris rapidement son chemin. Arrivée le 4 avril, De la Barre, Tracy et les troupes embarquées défont les Hollandais de Cayenne, la citadelle rendit les armes le 16 avril 1665.  Il est vrai que l' escadre était d' importance et le savoir faire en négociation de Tracy durent avoir raisons des diverses réticences.

Dans le livre de C. de la Roncière (1) Il est dit ceci " Aussitôt qu' apparurent les troupes en ordre de bataille, (750 hommes*) les Hollandais remirent le fort Nassau et leurs autres établissements à De la Barre. "un Maistre des requestres transfiguré tout d' un coup en homme de guerre"

Le rétablissement de l' autorité royale établie, Monsieur De La Barre s'installa avec une partie de ses compagnies et sûrement une partie des colons embarqués en même temps. Ceci étant réglé, Tracy ne s' attarda pas et avec une partie de l' escadre fit route dès le 25  vers la Martinique où ils séjournèrent 3 semaines, le temps de souffler et reprendre des forces, ainsi que nettoyer et réparer les navires des dégâts subit lors des derniers affrontements. Il a fallut également intervenir auprès des habitants afin qu'ils acceptent un nouveau gouverneur nommé Clodoret et laisse rentrer en France le fils de leur ancien gouverneur décédé, Monsieur Du Parquet. Il a fallu beaucoup de tact et montrer la force des armes afin que le nouveau gouverneur fusse respecté. Il en fit de même pour l' ile de la Tortue.

Tracy prit ensuite le chemin de la Guadeloupe où il séjourna plus d'une année. En cette île, il fallut encore faire preuve d' autorité et une lettre de cachet dû être remis au gouverneur Monsieur Ouel afin que ce dernier se soumette à Monsieur de Tracy et retourne en France sous bonne garde à bord du Terron, afin de rendre compte au roi de  ses actions. Un nouveau gouverneur fut nommé, il s'appelait Du Lion. Bien entendu chaque nouveau gouverneur recevait quelques soldats pour assurer sa protection et l' aider à remettre de l' ordre dans les affaires du roi. Ce fut également le cas pour La Grenade et Marie Galante. »[52]

« Il fût complimenté par les Portugais de Madere, et du Cap-verd […].  Ensuite, les vaisseaux cinglèrent droit à Caïenne, et ils y arrivèrent en peu de temps.  Monsieur de Tracy ayant fait sommer le Gouverneur Hollandais, de rendre l'Isle aux François […].  Monsieur de Tracy alla sans delay aucun aux Isles Françoises, […] il y mit partout un tel ordre, particulierement dans la Martinique, et dans la Guadeloupe, […], et tout reglé sous l'autorité des nouveaux Seigneurs, Messieurs des Indes Occidentales.  […], que Monsieur de Tracy, […], receut ordre du Roy de se rendre au plustost en Canada, dès qu'il auroit pourveu au Gouvernement de l'Isle à la Tortuë (Haïti). Ce fut le 25. d'Avril 1665, qu'il partit de la Guadeloupe, prenant la route vers Saint Domingue, autrefois dite l'Espagnole; et passant à la coste des Anglois de Saint Christoffe,[...].  Il doubla sans peine l'Isle de Porterie, qui est aux Espagnols; et voyant qu'il ne pouvait aller à la Tortuë, [...]au port François de l'Isle de Saint-Domingue, où le Bresé avoit mouillé.  […]. Après cela, le Bresé reprit sa route vers les Caïques, pour venir droit en Canada, […].  Pour entrer dans le golfe, il passa entre l'Isle de Saint-Paul et le Cap de Raze (Cape Hatteras, USA) ; […] on alla mouiller à l'Isle-Percée (Ile de Bonaventure au large de la ville de Percé) . […].  Au sortir de l'Isle-Percée, les Pilotes espéroient, pour avancer leur route, mener le Bresé jusqu'au Bic...mais les vents se changerent, qui obligerent de relascher; et pour ne pas risquer un navire de l'importance du Bresé, dans le fleuve de Saint-Laurent, il fut jugé plus à propos de louër deux navires plus legers, et plus propres à monter la riviere;  »[53] 


Voyage hypothétique du Brézé  selon la Relation des Jésuites de 1665

Puis l'arrivée du Brézé en Nouvelle-France « Quatre compagnies quittent le port de La Rochelle, le 19 avril 1665. Au cours de son voyage, le Vieux Siméon, qui transporte cette partie des troupes, croise le Brézé, à bord duquel voyage Tracy, qui a quitté la Guadeloupe le 25 avril. La rencontre a lieu dans la région de l'Ile Percée, en Gaspésie. Le Vieux Siméon arrive à Québec le 19 juin. La population de la ville est heureuse de voir arriver ces hommes qui, on l'espère, ramèneront la paix et la prospérité. Peut-être parce que l'armement dont disposent les compagnies est des plus modernes. Elles sont les premières à utiliser des fusils à platine. »[54]

Il ne faut pas croire que cette expédition avait été une partie de plaisir.  Les soldats avaient certainement accompagnés à terre monsieur de la Barre et les officiers des différentes compagnies ainsi que les colons pour prendre les mesures nécessaires au rétablissement de l'autorité française.  Pierre-André a certainement eu à parader et à monter la garde  Les conditions de vie à bord des navires de cette époque, aux sabords fermés, étaient très éprouvantes, la promiscuité, le tangage, la chaleur et la qualité des vivres exigeaient une forte condition physique qui était mise à rude épreuve, condition que tous les soldats ne possédaient pas à l'enrôlement « [...]mais M. de Tracy, quoiqu'il se sentit fort faible (il avait été malade toute la traversée)... »[55] M. de Tracy n'a certainement pas été le seul malade, malgré qu'il ait été beaucoup mieux traité que ses soldats.  Il faut donc déduire que malgré l'âge et les conditions de vie rude, Tracy possédait une bonne constitution physique.  Alors, que devait être la vie des roturiers et pire encore celles des soldats qui devaient subir leurs officiers sans se plaindre. 

Comme de toute évidence le Brézé ne s'est pas engagé dans le fleuve, il est possible de déduire qu'il a navigué dans le golfe, il a donc fallu réquisitionner pour transborder les compagnies sur deux navires[56] plus petits que l'on ne craignait pas de perdre soit très probablement le Cat de Hollande de 200 tonneaux qui arrivait de France avec des engagés et le Vieux Siméon de Dunkerque dont le tonnage est inconnu mais qui transportait des troupes.  Or, la Relation des Jésuites est très claire, ces deux navires mouillaient à Québec, à la mi-juin.  Il est su également que ces deux navires[57] ont appareillé le 3 août suivant pour la France, donc ils étaient disponibles pour faire le transbordement.  La Relation des Jésuites indiquent également que très probablement à la fin mai ces trois navires se seraient croisés en quelque part dans le golfe. Il est donc possible que lors du croisement, Tracy aurait eu la possibilité de réquisitionner les deux navires qui auraient appareillés dès leur déchargement terminé à Québec. 

La Relation des Jésuites parlent que les pilotes prévoyaient mener le Brézé au Bic qui se trouve à l'entrée du golfe car il ne voulait pas engagé le navire dans la rivière comprendre le fleuve.  Sachant que Tracy était impatient d'arriver à Québec et qu'il n'a pas hésité à risquer le navire en traversant les Caïques pour gagner du temps,  engagé le Brézé dans le golfe ne lui a certainement pas paru plus risqué.
Conséquemment, les navires réquisitionnés ont dû rejoindre le Brézé au large du Bic ou à Tadoussac afin d'avoir le temps de tout faire en moins de dix jours.  La Relation des Jésuites mentionne que deux voiles sont apparues qui transportaient Tracy.  Le 30 juin 1665, les deux navires mouillaient de nouveau à Québec et Pierre-André débarquait enfin après seize mois en mer pour rejoindre les soldats débarqués au début du mois. Quelle épopée!  Seize autres compagnies[58] débarqueront aussi à Québec par la suite.
 

Pierre-André faisait donc partie de la « compagnie de Alexandre(Isaac)  Berthier,  Sieur de Bellechasse et de Villemur qui avait été détaché à bord du Brezé du régiment de Laillié »[59],  André comme tous les soldats Français portait un surnom, donné généralement par un des officiers de la compagnie, qui correspondait soit à un trait de caractère, une caractéristique physique, une manie, un défaut ou une qualité etc. qui caractérisait un soldat par rapport aux autres.  Pierre-André semble être connu sous deux surnoms.  Du côté de sa descendance américaine  on lui attribue le surnom de La Gâchette[60] (trigger).  Cependant, rien ne permet de croire qu'il portait ce surnom.  Du côté canadien, Pierre-André portait le surnom de l'agacé.  Était-ce parce que tout le monde s'amusait à l'embêter ou est-ce qu'il se sentait embêter par tout le monde?  Ceci restera certainement un secret.  Or, ce surnom se retrouve sur une des cartes de Gédéon de Catalogne de 1709, qui montre la concession de la Rivière-Ouelle

Le marquis de Tracy avait résolu, peu de temps après son arrivée, d'établir sans tarder trois fortins le long de la rivière Richelieu.  Le 23 juillet quatre[61] compagnies partaient de Québec reconstruire le fort Richelieu[62] abandonné depuis 1646, elles étaient à pied d'œuvre le 13 août. Puis, quatre autres compagnies partaient de Québec entre le 1er et le 5 août pour débuter la construction du fort[63] Saint-Louis à compter du 25.   Il est très probable qu'André ait participé à ces travaux car les troupes disponibles pour exécuter cet ordre étaient celles arrivées en juin.  Cependant, il n'est pas exclut qu'une compagnie ou deux soient demeurées à Québec avec les soldats invalides.  Cependant, les circonstances indiquent que Pierre-André n'est pas resté à Québec parce qu'il est indiqué que la compagnie de Berthier serait revenue à Québec pour passer l'hiver.


Illustration 4 : Carte tirée des Relations des Jésuites montrant la situation géopolitique à la fin de 1665 en Nouvelle-France.


Après l'arrivée, le 19 août, de Henri de Chastelard, marquis de Salières[64] qui partait presque aussitôt avec ces quatre compagnies construire le fort Sainte-Thérèse[65].  Le 1er octobre, Tracy ordonnait le départ de quatre compagnies vers Trois-Rivières et certaines autres vers Montréal pour semble-t-il garder le centre du pays alors qu'il devait plutôt manquer de place à Québec.  Les huit dernières compagnies arrivées très en retard le 14 septembre étaient plutôt très mal en point.  On y avait dénombré au moins une centaine[66] de soldats malades qui ont fortement encombré les services de santé de la ville de Québec de l'époque.

Or l'ensemble de ses travaux étaient réputés terminés incluant le fort[67] Sainte-Thérèse débuté au début de septembre et terminé à la Sainte-Thérèse qui est fêtée le 15 octobre.

Outre ses qualités militaires, le marquis possédait des qualités politiques qui ne sont sûrement pas étrangères à la grande estime que lui portait Louis XIV.  Revenons donc aux fortins construits le long du Richelieu.

La Relation en fait état[68] avec en plus un croquis des forts tels que construits et une carte localisant l'ennemi (voir l'illustration 4).  Ces activités militaires n'ont sûrement laissées aucun doute aux yeux des éclaireurs Iroquois qui ont sûrement constaté ces préparatifs de guerre les concernant, avec un grand déploiement de soldats français et de miliciens.  D'ailleurs trois des cinq nations ont envoyé des ambassades à Québec y incluant des otages .

 

Pierre-André n'a sûrement pas été déçu de prendre la route des quartiers d'hiver de Québec à la fin de l'automne de 1665 « il est malade, à la « suite des grandes pluies, (du) froid, pour être mal vêtus, nu pieds, et pour n'avoir pas des marmites pour faire cuire leur lard et faire un peu de potage. » Les hommes, pour qui il s'agit du premier contact avec le pays, s'y adaptent, guérissent et travaillent ferme. »[69], puis « Cantonné (le capitaine Berthier) avec ses hommes à Québec durant l’hiver de 1665–1666... »[70]. Il n'a pas, semble-t-il, participé à la campagne absurde de Courcelles de janvier à mars 1666.  Il se retrouvait peut-être au fort Saint-Jean,  probablement lors de sa construction, tôt au printemps de 1666.  Le 3 août 1666, Pierre-André était à Québec car il se retrouvait[71] devant le notaire Pierre Duquet pour une donation en sa faveur de Moïse Edmé, sieur Desprises.  Ce dernier était un frère d'armes probablement très proche de Pierre-André car ils étaient de la même compagnie.  Cette information permet d'émettre l'hypothèse que la compagnie de Berthier ne faisait pas partie de l'arrière-garde avec la compagnie de Saurel mais plutôt elle aurait accompagné le marquis de Tracy lui-même et sa garde lors de l'offensive de l'automne contre les Agniers.  Si cela s'avérait, la compagnie de Berthier pourrait être considéré comme étant une compagnie de vétérans car Tracy a certainement choisi de s'entourer des meilleures compagnies.  Moïse Edmé ne laisse aucune autre trace de son passage et il ne semble pas être retourné  en France, ce qui laisse croire qu'il serait décédé peu après la donation.  Comme Pierre-André était à Québec le 3 août, il n'a très probablement pas fait partie des compagnies sous le commandement de Saurel lors de l'expédition[72] punitive du 24 juillet chez les Agniers qui devait avorter « Le 24 juillet, Pierre de Saurel quitte Québec à la tête de 200 Français et d'environ 80 Amérindiens pour aller attaquer les Agniers. En cours de route, l'expédition rencontre le chef agnier Bâtard Flamand qui se rend à Québec, accompagné de quelques prisonniers français, dont le lieutenant Louis de Canchy de Lerole, un des cousins de Tracy. Saurel décide alors de revenir dans la capitale où les négociations de paix traîneront en longueur. »[73].  S'il n'était pas invalide,  il a très probablement fait parti de la garde ou de l'arrière-garde avec la compagnie de Saurel lors de la campagne[74] du marquis de Tracy contre les Agniers à l'automne de 1666 « Les différents corps d'armée se donnent rendez-vous, le 28 septembre, au fort Sainte-Anne, sur le lac Champlain. Courcelle part immédiatement avec près du tiers des effectifs. Tracy quitte le fort, le 3 octobre et l'arrière-garde le suit, le 7. »[75].

Par la suite, Pierre-André a certainement suivi son capitaine dans ses diverses affectations.  Avant le départ de Tracy, le 28 août 1667, il décidait alors de rester en Nouvelle-France.  Son nom apparaît au rôle[76] des soldats qui se sont faits habitants en 1668.  Contrairement à son capitaine et à 300[77] de ses compagnons survivants qui ont décidé de retourner en France.  Ce départ a certainement été précédé de quelques fêtes bien arrosées.  À l'automne de 1668, André se présentait à la demeure de dame Gasnier, responsable des filles du roi de Québec « Sa maison de Québec aurait servi à l’hébergement des Filles du roi sur lesquelles Anne Gasnier veillait personnellement. »[78], afin de se faire suggérer une épouse.  Madame Gasnier, après avoir écouté Pierre-André sur ses origines et ses préférences a, par la suite, proposé à Jacquette les candidats les plus dignes.  Il n'y a pas que le hasard qui fait bien les choses.  Probablement aussi,  Pierre-André a dû être également être mis en contact avec le notaire pour le contrat de mariage et un seigneur pour obtenir une concession afin de s'établir avec sa future épouse.  L'entremetteuse a sûrement vérifié si Pierre-André et Jacquette étaient de bons catholiques, car il ne semble pas y avoir eu de démarches pour résoudre un quelconque problème de confession qui aurait empêcher le mariage.  Qui était donc Jacquette?
 

Jacquette serait née à La Flotte, en janvier 1637.  Elle aurait été baptisé à l'église Sainte-Catherine selon ce que suggère l'acte de mariage.  Une recherche dans les registres[79] des baptêmes et des mariages de la paroisse Sainte-Catherine n'a pas permis de corroborer l'acte de mariage.  Il y a bien quelques individus se nommant Michel au travers des registres, mais aucun se prénommant Jacquette.  La documentation consultée suggère que son vrai nom serait Jacquette Michaud, ce qui n'a pas donné plus de résultats.  Elle est, semble-t-il, la fille de Jacques (vers 1610) et Jeanne Dupont (vers 1619).  Il faut remarquer que le nom de ses parents ne sont pas mentionné dans l'acte de mariage Il n'y a, malheureusement, rien de plus à se mettre sous la dent concernant Jacquette et ses parents.  Nous ne savons rien, non plus, sur l'enfance de Jacquette.  Elle se serait, toujours selon l'acte de mariage, mariée une première fois avec un illustre inconnu du nom de Jean ou Jacques Gardin ou Cardin dont elle se prétendait la veuve. Cet acte ne fait pas partie du registre[80] des mariages de sa paroisse natale entre 1649 et 1668.   Si elle ne se retrouve pas dans les registres catholiques se retrouverait-elle dans les registres protestants?  Pourquoi se déraciner lorsque l'on a pu trouver quelqu'un avec qui s'établir?  Pourquoi s'est-elle retrouvée à La Rochelle?  Était-ce une démarche planifiée parce que tous ses proches étaient décédés ou un simple coup de tête sur les quais?  Bien malin qui le saura. 

Ce que nous savons, c'est qu'elle se serait embarquée[81] sur  le La Nouvelle-France[82], navire de 250 tonneaux du capitaine Alain Durand[83], propriété de l'armateur Pierre Gaigneur.   Femme émancipée fin vingtaine début trentaine, difficile de croire avec sa maturité qu'elle ait été exaltée par le goût irrésistible de l'aventure.  Il faut croire plutôt, qu'elle n'avait rien à perdre à partir et qu'elle se démarchait un avenir.  Elle faisait partie des 238 citoyens Français[84] qui émigreront en 1668.  Elle serait donc débarquée à Québec[85] le 3 juillet 1668 ce qui fixerait son départ de La Rochelle fin mars début avril.

Difficile de dire ce que André a fait au début de l'année 1668.  Sa démobilisation a dû lui permettre de toucher les arriérés de sa solde et en tant qu'ancien soldat désirant s'établir, il continuait à percevoir sa solde[86] l'année suivant sa démobilisation d'où son inscription au rôle.  Combien de temps a-t-il fallu à André et Jacquette pour se rencontrer après le 3 juillet?  Ce qui est certain, c'est que dans les quatre mois suivants tout était réglé.  Le 7 octobre, le couple se présentait devant le notaire Romain Becquet pour signer leur contrat[87] de mariage.  Elle apportait avec elle des biens estimés à 100 livres et elle n'a pas déclaré être veuve[88]. Puis le 14, André se retrouvait avec le notaire Jean Lecomte et Guillemette Hébert, fille de Louis Hébert et veuve de Guillaume Couillard, afin de signer un acte de concession[89] d'une terre de deux arpents située à Charlesbourg plus précisément au village Saint-Joseph.
 

Il n'a sûrement pas pu faire grand chose pour s'installer car le 23, ils se mariaient en l'église Notre-Dame de Québec devant le père Henri de Bernières.  La question qui revient concerne leur confession religieuse.  S'ils ont pu s'unir selon le rite catholique c'est certainement parce qu'ils étaient considérés qualifiés.  La lecture des registres démontre que la famille Mignier était catholique et souligne l'absence de Jacquette des registres.  Bien que Pierre-André soit bien issu d'une famille catholique, rien n'empêchait Pierre-André de s'être converti au calvinisme et même advenant le cas, il a opté de montrer qu'il était de confession catholique tout comme Jacquette.

André et Jacquette s'installaient donc sur leur terre du village Saint-Joseph.  Ils devaient être bien intégrés dans leur communauté car il est rapporté que le 8 avril 1670, André était confirmé[90] et qu'en 1672, il obtenait un agrandissement de la concession initiale à quinze arpents contre « une bonne poule, quinze sol en argent, et trois deniers »[91] Lors du recensement de 1681, la famille était toujours installée au même endroit et quatre enfants étaient nés.  Le couple possédait[92] un fusil, un petit troupeau de trois bêtes à cornes et quinze arpents en valeur.  La superficie en valeur démontrerait ses qualités de laboureur et sa grande capacité de travail.

L'année suivante, soit en 1682, André aurait été convaincu par Michel Leneuf de La Vallière, beau-frère[93] de Richard Denys, de quitter sa terre de Charlesbourg pour le suivre, probablement en tant qu'engagé[94], avec quatre autres familles[95] pour s'établir sur sa seigneurie de Beaubassin en Acadie « Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, qui veut étendre son influence en Acadie, nomme alors Leneuf de La Vallière commandant ; cette nomination ne sera jamais entériné par le roi. La Valière vient avec sa famille et quelques habitants de la vallée laurentienne. »[96]-[97].  Aucun acte[98] ne semble disponible, pour attester de la vente de sa terre qui représentait tout de même plus de quinze ans de travail.  Il est très possible que le seigneur de Charlesbourg ait racheté, sur parole, la terre selon les modalités de reprises généralement reconnues.  Le recensement[99] de Beaubassin de 1686 confirme la présence d'une famille Mignier.  André devait par la suite s'établir sur la rivière Miramichi comme le démontre le recensement[100] de la seigneurie de Richard Denys de 1688. 


 

 


 

Illustration 6: Inventaire des concessions de Grande-Anse en 1723 de Léon Roy

Illustration 5: Localisation de la concession de André Mignier fils,
indiquée sous son surnom selon la carte de Gédéon Catalogne

André, pour des raisons inconnues, éprouvait d'énormes difficultés[101], tout comme les autres censitaires de l'endroit, à rendre leur terre productive.  Probablement le décès prématuré, en  1691, de son seigneur Richard Denys ajouter aux problèmes de productivité ont dû le convaincre de quitter l'endroit en y laissant une fille.

Après un séjour de neuf ans en Acadie, la famille Mignier refait surface au Québec.  Marie, sa fille aînée, s'établissait en Acadie.  Un bail[102] à ferme avec Charles Aubert de la Chesnaye atteste de la présence de la famille à Kamouraska en 1692. « Nous avons vu qu'en 1692, Charles Aubert de la Chenaye avait baillé pour trois ans à André Mignier-dit-Lagassé père (1640-1727) et à son fils André Mignier-(dit-Lajoie (1669-1729), sa terre de la rivière Saint-Jean. »[103].  Donc pendant trois ans la famille a vécu sur la terre de Charles Aubert de la Chesnaye à Kamouraska ce qui a certainement permis à tout le monde de se réorganiser.     L'extrait de la carte de Gédéon de Catalogne présenté à l'illustration 5 montre bien la localisation des concessions d'André (fils) et de son frère Michel en 1709 dans la seigneurie de Grand-Anse  du seigneur d'Auteil.  « Sur notre copie de la carte de Catalogue, de 1709, une terre,  bornée au nord-est à la terre (non encore concédée de l' arrière-fief de la Malotière, et au sud.ouest, à (André Mignier dit)Lagassé  (fils), apparait au nom de Sans Soucy,. »[104].

Il est nécessaire de préciser que le fils aîné André a obtenu[105] sa première terre de Grande-Anse le 11 mars 1699.  Il est donc très possible que Pierre-André ait renouvelé le bail à ferme avec Charles Aubert entre 1695 et 1699.  Puis en 1699, le père et l'aîné se retrouvaient installés sur une terre adjacente.  Pierre-André avait passé la soixantaine, ses forces devaient donc déclinées.  La proximité des propriétés a certainement permis à l'aîné de se dégager pour d'autres activités économiques ( propriétaire de plusieurs autres terres et la pêche aux marsouins)  Comme la propriété du fils aîné était dotée au dénombrement de 1723: « lequel a maison, grange et Etable, 20 arpens de terre Labourable et 4 arpens de prairie, »[106] ce qui rend très probable que Pierre-André, laboureur émérite. se soit impliqué pour aider son fils aîné d'autant plus que ce fils détenait[107] deux autres terres dans le second rang où il ne tenait pas feu et lieu.  Il est donc facile de présumer qu'un homme seul aurait eu beaucoup de difficultés à exploiter sans aide.    Finalement, les filles de Pierre-André présentes à La Pocatière ont marié les fils des voisins, ce qui suggère qu'elles étaient elles-mêmes voisines.  Considérant le tout, il est très probable que ce soit dans la demeure de leur fils André que Pierre-André et Jacquette auraient vécu la fin de leur vie.

Jacquette devait entreprendre son dernier voyage le 28 novembre 1710 et être inhumée le lendemain.  Il est généralement admis que Pierre-André aurait été inhumé le 21 novembre 1727 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Or cette date[108] serait, semble-t-il celle de l'inhumation de la seconde épouse de son fils André. 

 

Reste que Pierre-André Mignier et Jacquette Michel étaient des forces de la nature, car pour un la vie militaire a certainement trempé l'individu alors que pour le couple qui s'est installé à trois reprises en autant d'endroits très éloignés malgré une grosse famille démontre une opiniâtreté et une énergie hors du commun.  La puissance de l'appel d'un avenir meilleur est à  mon point de vue ce qui caractérise le mieux ces ancêtres.

Descendance

André: Né et baptisé le 6 octobre 1669 au village Saint-Joseph, marié à Rivière-Ouelle d'abord à Marie Pelletier, le 10 novembre 1693 et puis, le 31 mai 1701, à Françoise Ouellet. Décédé et inhumé le 4 février 1729 à La-Pocatière. Familles établies à La-Pocatière, 11 enfants;

Marie:  Née et baptisée le 14 octobre 1671 au village Saint-Joseph, mariée à Beaubassin d'abord à Joseph Gravois vers 1691 duquel est né un fils et puis, vers 1695, à René Martin.  Familles établies à Beaubassin, 11 enfants;

Françoise: Née le 20 juin 1674 et baptisée le 29 juin suivant au village Saint-Joseph, marié à Robert Morin vers 1690.  Décédée et inhumée à La-Pocatière le 29 septembre 1750. Famille établie à La Pocatière, 11 enfants;

Marie-Anne:  Née et baptisée le 18 janvier 1677 au village Saint-Joseph, mariée à Philippe Boucher à Kamouraska, le 10 novembre 1693.  Décédée et inhumée à Sainte-Anne-de-la-Pocatière le 27 janvier 1750.  Famille établie à La-Pocatière, 14 enfants.

Marie-Madeleine: Née et baptisée le 24 août 1679 au village Saint-Joseph, mariée à Rivière-Ouelle d'abord avec Nicolas-Claude Lizot, le 18 janvier 1701 et puis, le 25 novembre 1709, à Félix Aubert.  Familles établies à La-Pocatière, 9 enfants;

Michel[2]: Né le 18 avril 1682 et baptisé le lendemain au village Saint-Joseph, marié à Rivière-Ouelle d'abord avec Marie-Angélique Thibault, le 28 juillet 1705 à Cap-Saint-Ignace et puis avec Louise Pinel, le 6 août 1736, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.  Présumé décédé en 1738.  Familles établies à La-Pocatière, 10 enfants;

Joseph: Né vers 1683 au village Saint-Joseph.  Destin inconnu.

Haut de page

[1]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre Le Bois-Plage-en-Ré Baptêmes Mariages Sépultures 1650 - 1665 , page virtuelle 4 ou page factuelle 3

[2]              Albert Bluteau et Claire Lambert, Fichier Origine,André Mignier, http://www.fichierorigine.com/, 18 février 2010

[3]              Benjamin Sulte, Histoire des canadiens-français, Tome V, page 82

[4]              Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome I, page 432

[5]              Marcel Trudel, La population du Canada en 1666: recensement reconstitué, Les éditions du Septentrion, Québec,1995, page 360

[6]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre Le Bois-Plage-en-Ré Baptêmes-Mariages-Sépultures 1629-1650, page virtuelle 19 ou page factuelle 31

[7]              Ibid. page virtuelle 23 ou page factuelle 39

[8]              Ibid. page virtuelle 44 ou page factuelle 81

[9]              ibid. page virtuelle 50 ou page factuelle 93, baptisé le 10 janvier 1647

[10]            ibid. page virtuelle 65 ou page factuelle 124

[11]            Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre Le Bois-Plage-en-Ré Baptêmes Mariages Sépultures 1650 – 1665, page virtuelle 15

[12]            Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Le Bois-Plage-en-Ré Baptêmes Mariages Sépultures 1664 – 1669, page virtuelle 14

[13]            Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Ars-en-Ré Baptêmes 1638 - 1648, page virtuelle 25

[14]            Ibid. note  REF _RefF12 \h 12, page virtuelle 36

[15]            Ibid note  REF _RefF2 \h 2

[16]              Ibid note  REF _RefF6 \h 6 page virtuelle 50

[17]              Université de Caen – Basse-Normandie, Programme de Recherche sur l'Émigration des Français en Nouvelle-France, http://www.unicaen.fr/mrsh/prefen/fichePion.php?id=60705&theme=nouvFrance, 19 août 2010

[18]              Pierre Stouff,Sciences de la Vie et de la Terre, http://pst.chez-alice.fr/svtiufm/vie.htm, 19 mars 2010

[19]              Ibid. note  REF _RefF12 \h 12, page virtuelle 57

[20]              Ibid. note  REF _RefF12 \h 12, page virtuelle 41

[21]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Ars-en-Ré Baptêmes 1603 - 1621, page virtuelle 21

[22]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Ars-en-Ré Mariages Sépultures 1639 - 1658 page  virtuelle 139

[23]              Ibid. note  REF _RefF21 \h 21 page virtuelle 57

[24]              Ibid. note  REF _RefF22 \h 22 page virtuelle 162 décédé par noyade

[25]              Ibid. note  REF _RefF23 \h 23 sœur jumelle de Jean

[26]              Ibid. note  REF _RefF22 \h 22 page virtuelle 169 décédée quelques jours après un accouchement

[27]              Ibid. note  REF _RefF22 \h 22 page virtuelle 219

[28]              Ibid. note  REF _RefF22 \h 22 page virtuelle 170

[29]              Ibid. note  REF _RefF11 \h 11, page virtuelle 60

[30]              Ibid. note  REF _RefF12 \h 12

[31]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre Le Bois-Plage-en-Ré Baptêmes Mariages Sépultures 1685 - 1699, page virtuelle 71

[32]              Ibid. note  REF _RefF31 \h 31 page  virtuelle 95

[33]              Ibid. note  REF _RefF12 \h 12

[34]              Ibid. note  REF _RefF2 \h 2

[35]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre Ars-en-Ré Mariages-Sépultures 1622-1637, 114 pages virtuelles

[36]              Ibid. note  REF _RefF2 \h 2

[37]              Ibid. note  REF _RefF2 \h 2

[38]           Bernard Quillivic et als. Migrations, Régiment de Carignan, http://www.migrations.fr/compagniescarignan/compagniegrandfontaine.htm, 19  février 2010

[39]              Wikipédia, Protestantisme sur l'Île de Ré, http://fr.wikipedia.org/wiki/Protestantisme_sur_l%27%C3%8Ele_de_R%C3%A9, 28 février 2010

[40]              François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la noblesse, Tome VIII, 2e édition, 1774, page 373

[41]              P. F. Lebeurier, Rôle des taxes de l'arrière-ban du bailliage d'Évreux en 1562, Tome XXIII, Numéro 1, Paris, 1862, pages 267-269

[42]              Bernard Quillivic et als. Migrations, Régiment de Carignan, http://www.migrations.fr/histoireduregiment.htm,  25 novembre 2010

[43]              Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Volume 1, Les éditions du Septentrion, 1995, page 106

[44]              Ibid

[45]              Ibid

[46]              Robert Le Blant, Le livre de raison de François de Tapie de Monteil, capitaine au régiment de Poitou (1661-1670), Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 13, n° 4, 1960, p. 562-573., Érudit, http://id.erudit.org/iderudit/302009ar,  25 novembre 2010

[47]              Pierre-Georges Roy, La ville de Québec sous le régime français, Tome I, Service des Archives du gouvernement de la Province de Québec, Québec, 1930, page 337

[48]              « (1662) Un navire marchand, du port de 400 tonneaux, comme le navire perdu, fut immédiatement acheté par M. le duc de Beaufort, au prix de 21,000 livres; il avait 21 pièces de canon de fer de Suède.  C'était un fort bon marché.  Ce navire se nommait Le Saint-André; M. de Beaufort le débaptisa et lui donna le nom de Terron. »  Augustin Jal, Abraham Du Quesne et la marine de son temps, Volume 1, H. Plon, 1873, page 249

[49]              Jérôme Lalemant et François Le Mercier, Relations des Jésuites, Tome III, Augustin Côté Éditeur-Imprimeur, Québec, 1858, page 333 ou Année 1665 page 2

[50]              Léopold Lamontagne, Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Alexandre de Prouville de Tracy, © 2000 University of Toronto/UniversitéLaval,http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=534&interval=25&&PHPSESSID=09tthbl7j4ocdqk6ijpkp5vv24. 21 février 2010

[51]              Ibid. note  REF _RefF46 \h 46

[52]              Ibid. note  REF _RefF42 \h 42

[53]              Ibid. note  REF _RefF49 \h 49

[54]              Ibid. note  REF _RefF43 \h 43

[55]              Ibid. note  REF _RefF51 \h 51

[56]              Racines Rochelaises, 1665-Carignan, http://racinesrochelaises.free.fr/, 4 mars 2010

[57]              Charles-Vianney Campeau, Navires venus en Nouvelle-France, Année 1665, http://naviresnouvellefrance.com/, 19 juillet 2010

[58]              Ibid. note  REF _RefF51 \h 51, page 337

[59]              Bernard Quillivic et als. Migrations, Régiment de Carignan, http://www.migrations.fr/compagniescarignan/compagniegrandfontaine.htm, 19  février 2010

[60]              Jean Lagassé et als, Les descendants de André Mignier dit La Gachette, Centre de généalogie S.C., 1989, 587 pages

[61]              Ibid. note  REF _RefF50 \h 50

[62]              Wikipédia, Fort Richelieu, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_Richelieu, 21 février 2010

[63]              Wikipédia, Fort Chambly, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_Chambly, 21 février 2010

[64]              Ibid. note  REF _RefF51 \h 51

[65]              Ibid. note  REF _RefF49 \h 49

[66]              Ibid. note  REF _RefF51 \h 51

[67]              Wikipédia, Fort Sainte-Thérèse, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_Sainte-Th%C3%A9r%C3%A8se, 21 février 2010

[68]              Ibid. note   REF _RefF49 \h 49, page 340 ou Année 1665 page 10

[69]              Jacques Lacoursière et Marie-Hélène Lixier, Nos Racines, l'histoire vivante des Québécois, Les Éditions Transmo Inc., Montréal, 1979, Revue hebdomadaire,  Chapitre 9, page 207

[70]              Ulric Lévesque, Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Isaac(Alexandre) Berthier, © 2000 University of Toronto/Université Laval,  http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=640&&PHPSESSID=ychzfqkvzape. 21 février 2010

[71]              Bibliothèque et Archives Canada, Donation de Moïse Edmé à André Menié, sieur de Lagasse. Pierre Duquet, notaire,  Fonds des greffes de notaires du Québec, No MIKAN:3080701, 3 pages, http://collectionscanada.gc.ca/ourl/res.php?url_ver=Z39.88-2004&url_tim=2010-11-27T05:32:33Z&url_ctx_fmt=info:ofi/fmt:kev:mtx:ctx&rft_dat=3080701&rfr_id=info:sid/collectionscanada.gc.ca:pam, 27 novembre 2010

72]              Ibid. note  REF _RefF50 \h 50

[73]              Ibid. note  REF _RefF43 \h 43

[74]              Ibid. notes  REF _RefF50 \h 50 et  REF _RefF70 \h 70

[75]              Ibid. note  REF _RefF43 \h 43

[76]              Lambert, Claire. Une contribution de l’île de Ré au peuplement de la Nouvelle-France : la paroisse de Saint-Martin au XVIIe siècle, Mémoire de maîtrise (histoire), Université de La Rochelle, 1999. 210 p.

[77]              Ibid. note  REF _RefF42 \h 42

[78]             Association des familles Laroche et Rochette, Les filles du roi, http://rolaro.org/gen/filleroi.html, 28 février 2010

[79]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre La Flotte Baptêmes 1631 - 1649, 281 pages virtuelles

[80]              Les Archives Départementales de la Charente Maritime en ligne, Registre La Flotte  Mariages 1616 - 1668, 224 pages virtuelles

[81]              Bernard Quillivic et als. Migrations, Filles du Roy,http://www.migrations.fr/700fillesroy.htm#H, 23 février 2010

[82]              Viateur Boulet, Les Transporteurs de nos Ancêtres, 1608-1760 , 1998, pages 72-73.

[83]              Charles Vianney CAMPEAU , Navires venus en Nouvelle-France, Liste chronologique des navires, Année 1668-1669 http://naviresnouvellefrance.com/, 23 février 2010

[84]              Marcel Trudel, La seigneurie de la Compagnie des Indes occidentales, 1663-1674, Tome IV, Histoire de la Nouvelle-France, 1997, page 242

[85]              Ibid.

[86]              Jean Leclerc. Le Marquis de Denonville, gouverneur de la Nouvelle-France, 1685-1689,. Fides, 1976.  

[87]              Bibliothèque et Archives Canada, Contrat de mariage de André Mignier dit Lagacé et Jacquette Michel. Romain Becquet, notaire, Fonds des greffes de notaires du Québec,No MIKAN:3080299, 2 pages,http://collectionscanada.gc.ca/ourl/res.php?url_ver=Z39.88-2004&url_tim=2010-11-27T05:07:52Z&url_ctx_fmt=info:ofi/fmt:kev:mtx:ctx&rft_dat=3080299&rfr_id=info:sid/collectionscanada.gc.ca:pam, 27 novembre 2010

[88]            Silvio Dumas, Les filles du Roi en Nouvelle-France : étude historique avec répertoire biographique, La Société Historique de Québec, Québec, 1972, page 299

[89]              Bibliothèque et Archives Canada, Concession de 2 arpents de terre sur la rivière Saint-Charles par Marie-Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillard, à André Mignier. (No 36). Jean Lecomte, notaire. Fonds des greffes de notaires du Québec,No MIKAN:3083128, 3 pages, http://collectionscanada.gc.ca/ourl/res.php?url_ver=Z39.88-2004&url_tim=2010-11-27T04:59:53Z&url_ctx_fmt=info:ofi/fmt:kev:mtx:ctx&rft_dat=3083128&rfr_id=info:sid/collectionscanada.gc.ca:pam, 27 novembre 2010

[90]              Université de Caen – Basse-Normandie, Programme de Recherche sur l'Émigration des Français en Nouvelle-France, http://www.unicaen.fr/mrsh/prefen/fichePion.php?id=60705&theme=nouvFrance, 19 août 2010

[91]              Souvent référé sans référence

[92]              Ibid. note  REF _RefF3 \h 3

[93]              Roger Comeau, Nicolas Denys, pionnier acadien, Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 9, n° 1, 1955, p. 31-53., http://id.erudit.org/iderudit/301692ar, 6 mars 2010

[94]              Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale,Tome I, Granger et Frères, Montréal, 1889, page 174

[95]              Stephen A. White, Rapport du secteur de généalogie, Bulletin Contact-Acadie, no 27, juin 1996, http://www0.umoncton.ca/etudeacadiennes/centre/contak/27gene.html, 6 mars 2010

[96]              Nicolas Landry et als, Histoire de l'Acadie, Les éditions du Septentrion, Québec, 2001, page 36

[97]               Ibid. note  REF _RefF93 \h 93

[98]               Ibid. note  REF _RefF95 \h 95, Résultat des recherches de Paul Delaney sur l'absence du Québec de la famille Mignier entre 1682 et 1691.

[99]               Ibid. note  REF _RefF95 \h 95

[100]              Ibid. note  REF _RefF95 \h 95

[101]              Ibid. note  REF _RefF93 \h 93

[102]              Association des familles Lagacé-Lagassé Inc., L'Ancêtre André Mignier, http://familleslagace.org/ancetre.htm, 5 mars 2010

[103]              Léon Roy , Extrait  “Les Terres de la Grande-Anse, des Aulnaies et du Port-Joly”, 1951 / Gaston Soucy, Site Généalogique et Historique, http://www.freewebs.com/soucygaston/pierrsoucy.html, 8 septembre 2010

[104]              Ibid

[105]              Greffe de Chambalon

[106]              Ibid note  REF _RefF103 \h 103

[107]              Ibid note  REF _RefF103 \h 103

[108]              Ibid note  REF _RefF90 \h 90

[109]              NDLR: Consultez la biographie de Michel Mignier et Marie-Angélique Thibault

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